Toute seule loin de Samarcande - Béa Deru-Renard
Une jeune fille perdue au beau milieu de la place d’une petite ville, seule et ne parlant pas la langue du pays. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Avec des souvenirs déclenchés par les menus événements qu’elle observe, nous reconstituons son parcours.
De but en blanc et sans préavis, le lecteur est plongé dans la Russie post-soviétique et tous les conflits nationaux qui ont pu en découler, l’euphorie de la libération passée. Quoique les difficultés de la famille de la narratrice Regina remontent à plus loin, avec la déportation du peuple arménien au début du XXème siècle. Elle résume d’ailleurs avec lucidité sa situation : « Nous étions d’origine arménienne, nous parlions russe, nous étions chrétiens orthodoxes et nous vivions en Ouzbékistan. Or les Ouzbeks […] voulaient se retrouver entre eux. » (p. 64).
Alors, lorsque le père de Regina est assassiné en pleine rue, lorsque cette dernière sombre dans la culpabilité parce qu’elle était là et n’a pas pu le sauver, sa mère décide d’organiser leur départ clandestin pour l’Europe occidentale. Ballotée dans le train jusqu’à Moscou, Regina finira le voyage seule : en dire plus serait en dire trop, mais préparez vos mouchoirs, on retourne dans la sphère intime. Le livre est d’autant plus poignant que tout à fait crédible, sans une fausse note.
Béa Deru-Renard, dont c’est le premier roman, a donc su se glisser avec émotion dans la peau de son héroïne. Elle campe un personnage attachant à la fois dans ses aspects d’adolescente lambda – c’est-à-dire amie, amoureuse - et d’apatride tiraillée entre son respect de la mémoire de ses ancêtres et son envie de vivre, tout simplement.
Seule la construction de l’histoire pourra paraître de temps en temps un rien artificielle ; on doute que Regina ait réellement le temps de repenser son passé alors que des policiers tournent autour d’elle, statique. Ce que j’ai considéré comme une petite faiblesse est toutefois compensé par l’habileté finale de l’auteure, qui laisse l’avenir ouvert à absolument tous les possibles…
Un sujet difficile pris à-bras-le-corps, avec sincérité et réalisme.
Toute seule loin de Samarcande
De Béa Deru-Renard
Ecole des Loisirs – collection Medium – avril 2011
9 euros
A lire aussi : Dream Land de Lily Hide (Naïve, 2011)

Samarcande, la place du Reghistan et sa mosquée.
Regina regrettera sa belle ville au passé cosmopolite si riche...