Shooting Star - Stephanie Benson
Marie-Madeleine, dite Maddie, a quelques kilos en trop, pas d’ami(e)s, et vit pauvrement avec sa mère. Elle a décidé de prendre sa revanche en participant à l’émission télévisée « Star de demain », sans se rendre compte qu’elle n’a même pas l’âge requis. Un photographe propose de lui faire une fausse carte d’identité en échange de sa participation à quelques petits films… L’affaire finira mal, très mal.
Ca commence avec un extrait de la fin du roman Virgin Suicidesde Jeffrey Eugenides (Plon, 1995) : le ton dramatique est donné, de même que la forme narrative.
Dès le départ, on sait que Maddie est décédée dans des conditions sordides (dont il ne sera pas fait abus, le texte restant très pudique). Et même si on ne connaît pas encore le coupable de l’histoire, sa découverte n’est pas le plus important. Le suspense se base essentiellement sur une atmosphère lourde, étouffante, elle-même très liée à la construction du roman. Un narrateur se charge ainsi de raconter au présent l’affaire passée, utilisant le « nous » de sa bande de copains de l’époque. Les jeunes garçons avaient l’habitude de se moquer de Maddie, ils n’ont pas vu venir le drame et le regrettent aujourd’hui. Cet homme adulte possède deux sources de l’affaire, qu’il cite abondamment en alternance de son récit : le journal intime de la jeune fille - une version idyllique, complètement faussée de la réalité -, et des extraits de presse numérotés. L’effet est glacial, étrange : Maddie n’apparaît jamais en tant que personne « active », elle reste comme lointaine d’événements qui pourtant la concernent, stéréotype de la victime de sa propre folie. Profondément moderne, le livre allie un excellent travail littéraire à une matière de fait divers sur les dérives de notre société : télé-réalité sans pitié, pornographie marchande. Shooting Star compose au final un roman noir d’une grande dureté, à valeur… morale.
Shooting Star
De Stephanie Benson
Syros jeunesse – collection Rat Noir – avril 2008/mars 2011
11,50 euros
« Nous nous croyions malheureux parce que nous n'avions aucun véritable contact avec le vrai malheur. Nos parents, nos grands-parents étaient peut-être venus ici en fuyant la guerre, la misère ou les deux, mais ils n'en parlaient pas. Ils ne rêvaient pas non plus de villas avec piscine. Ils étaient heureux d'avoir de quoi nourrir leur famille, et l'école gratuite, mais chaque génération crée ses propres besoins, et la nôtre, pour prouver son existence, avait besoin de devenir une star. »
Couverture de 2008, illustration torturée aux tons sombres d'Olivier Balez
Couverture de 2011, photographie et look qui se veut sexy...pour un même effet de malaise.
Les deux collections de polars de Syros, Souris Noire et Rat Noir s'offrent un format élargie et un relooking de leurs couvertures. Souris Noire (à partir de 10 ans) adopte un style graphique volontairement intrigant, tandis que Rat Noir (à partir de 13 ans) se pare d'une photographie comme bon nombre de romans pour adolescents aujourd'hui. Syros propose donc des rééditions, et un certain nombre de nouveautés d'auteurs célèbres de son "écurie". Un renouveau à suivre !!
Couleur menthe à l'eau, avec un petit clin d'oeil à ma maman, fan de la première heure !