Si tu m'entends - Sharon Dogar
Charley, la grande soeur de Hal, est dans le coma suite à un mystérieux accident sur la plage, en pleine nuit. L'été suivant, Hal, obsédé et même hanté par Charley, mène une petite enquête. Par l'intermédiaire de sa petite amie Jackie, il s'approche de Pete, frère de cette dernière et ex-copain de Charley. Progressivement, Hal va découvrir ce qui s’est passé, et Charley pourra enfin continuer son chemin en paix.
Le lecteur recompose l'histoire de Charley par petits bouts, entre « maintenant », c'est-à-dire les recherches du narrateur Hal et les divagations de Charley dans le coma, et des épisodes du passé (« avant ») où c’est la jeune fille qui raconte son dernier été. Hal soupçonne tout de suite qu'il ne s'agit pas d'un accident, et que Pete est lié à la nuit tragique. Il incorpore bientôt dans l'équation Am', jolie fille délaissée, jalouse. Ensuite... il ne sait plus, et pourtant sa soeur, par un lien télépathique au-delà de la mort, le presse de « se souvenir ». Hal doit composer seul avec ses hallucinations d’une Charley qui le poursuit : sa petite soeur Sara est trop jeune pour comprendre, ses parents souffrent et ne veulent pas toucher à l'image positive de leur fille. L'identification ira très loin, jusqu'à l'incarnation de Charley dans le corps de Hal. Franchement, on ne sait pas à quoi s’attendre, et après 300 pages à gamberger, la fin m'est apparu un peu… banale, au moins dramatiquement convenue. Mais l’intrigue policière n’est absolument pas le plus important dans ce roman onirique et sombre. La relation entre Charley et Hal (et dans une moindre mesure Sara) émeut puissamment, fait vibrer chez nous une corde d’autant plus sensible que le rythme est lent, volontiers répétitif, parsemé de belles descriptions maritimes. Cette atmosphère urgente sous une torpeur apparente m’a fait penser à une autre fiction qui se passe au bord de l’océan, Toi et moi à jamais d’Ann Brashares (Gallimard jeunesse, 2008). Quant à l’histoire elle-même, ne rappelle-t-elle de très près pas le bel ouvrage d’Alice Sebold, La Nostalgie de l’ange (Nil, 2003) ? Waves (titre original) est le premier et réussi roman de Sharon Dogar, visiblement habitée par la question des liens entre vivants et morts, puisqu’elle a récidivé dans un deuxième livre, pas traduit en français (Falling).
De Sharon Dogar
Traduit de l'anglais par Hélène Collon
Albin Michel – collection Wiz – février 2011
15 euros

Fantasia salue par ailleurs la belle traduction d'Hélène Collon :
pas facile de rendre la subtilité des émotions, et elle y excelle.
A little extract (p. 254) :
" - Au secours. Hal, je t'en prie.
Charley. J'essaie de lui résister, sauf qu'elle est en mille morceaux et qu'elle me supplie de la reconstituer. Mais on est tous en morceaux, Charley ! Ca nous a brisés de te perdre sans même avoir pu te dire au revoir. Avant, je ne savais pas ce que ça voulait dire, être brisé, taillé en pièces. Maintenant si. C'est comme être paralysé sans s'en rendre compte, comme si on attendait, espérait qu'un jour les morceaux se remettent en place et que la vie ait de nouveau un sens - tout en sachant que ça n'arrivera jamais."