Angie M. - RASCAL
L’inspecteur Bufka se rend à l’hôpital pour interroger une toute jeune fille, Angie Monde. On comprend qu’elle a commis un acte grave, on ne sait pas lequel. Angie ne parle pas, mais nous suivons le fil de ses souvenirs en plusieurs actes, et découvrons alors l’impensable…
C’est le retour de l’inspecteur Etienne Bufka, un « taiseux » souvent plongé dans son monde intérieur, un homme sensible sous sa carapace taciturne. Comme dans Paul Honfleur, l’histoire est terrible, les actes irréparables. Et l’adulte, malgré tous ses efforts, ne parviendra pas à comprendre la radicalité des adolescents qu’il est chargé d’interroger. Le texte court reste très neutre ; il utilise tout un décor, des détails apparemment anodins (la chanson des Stones écoutée par Bufka dans la voiture, le prénom de Van Gogh…) pour souligner l’air de rien la férocité implacable de l’intrigue. Le dessin statique d’Alfred s’attarde lui aussi sur des petits riens, composant une atmosphère désespérée, une brume de noirceur déliquescente… Angie M. ressort du fait divers magnifié en objet artistique, en quelque sorte, dont la lecture ne laisse sûrement pas indemne.
A lire aussi, mêmes auteurs, même éditeur (novembre 2009) :
Paul Honfleur
Au poste de police, Etienne interroge Paul Honfleur, douze ans, pris en flagrant délit de cambriolage. Il a peine le temps d’effleurer la détresse du jeune garçon que la maternité l’appelle au chevet de sa femme. Il quitte précipitamment le bureau, laissant Paul seul quelques minutes…
Paul Honfleur est un curieux récit au temps resserré, un petit drame à la saveur amère dont la chute ne manquera pas de hanter le lecteur. La vie et la mort s’y côtoient dans une valse de sentiments exacerbés, et cette psychologie - suggérée mais intense - donne au fait divers un caractère intemporel. Le dessin d’Alfred esquisse les personnages, les isole aussi, dans un bleu-gris en parfait accord symbolique avec le texte dont il fait ressortir l’urgence et la cruauté. Aussi beau qu’atroce, à reconsidérer après lecture et à réserver à de (très) grands adolescents.
Angie M.
Texte de Rascal, dessins d’Alfred
L’Edune – collection Empreinte – octobre 2010
9,50 euros
