Adam et Thomas

de Aharon Appelfeld

traduit de l'israëlien par Valérie Zenatti

illustré par Philippe Dumas

L'Ecole des Loisirs - 2014

coup de coeur

Inquiète d'une rafle, la mère d'Adam conduit son fils dans la forêt toute proche du ghetto. Celle de Thomas fait pareil. Le temps passe, les mamans ne reviennent pas. Adam et Thomas comprennent qu'il leur faut rester cachés, et aussi subvenir à leurs besoins. Mais champignons et baies ne nourrissent pas son garçon et ils seront bien heureux de l'aide d'une petite vachère, une camarade de classe effacée. Plus tard, lorsque l'hiver viendra – car l'attente va durer des mois – et qu'un nid dans les arbres ne suffira plus, un chien viendra les réchauffer. Adam et Thomas s'entraident, et le dégourdi premier a une philosophie souvent plus simple que celle, torturée par le bien et le mal, du second.

Le temps est comme suspendu dans la forêt, les dialogues s'imprègnent d'une sérénité un peu étrange alors que le lecteur sait la fureur qui se passe à quelques centaines de mètres (voir les fuyards blessés que les garçons vont aider, et qui leur donnent des nouvelles). Des petites perles éclatent, lumineuses : «  - Mon père dit qu'il faut apprendre de toute chose. Mais que peut-on apprendre de l'eau ? - J'ai du mal à l'expliquer. Si tu aimes regarder l'eau s'écouler, alors tu aimeras contempler un chien dans son sommeil, répondit Adam, et ils éclatèrent de rire ensemble à cette phrase. » (p. 79).

L'histoire, d'apprentissage comme il est souvent dit, a une sorte de valeur d'exemple. Elle est complètement magnifiée par les illustrations un peu brouillonnes de Philippe Dumas, aquarelles et traits fins de couleur qui rendent si bien la vie et le credo optimiste d'Adam : « Je connais la forêt et tout ce qu'elle contient ». Je ne pense pas que la version originale, israélienne, les comporte, et c'est vraiment dommage.

Que penser de la fin heureuse, et surtout de cette focalisation sur la petite Mina maltraitée ? Il y a de l'espoir, mais aussi des absents, et tout se passe comme si l'humanité, dans ce qu'elle a de plus beau (le don) et de plus laid, était symbolisée à travers cette petite fille, personnage secondaire soudain essentiel. Aharon Appelfeld ouvre des portes, invite à la réflexion douce sur un sujet effroyable. Tout simple, accessible dès 9/10 ans, l'ouvrage est éminemment politique. (A noter sa récente inscription aux programmes scolaires israéliens).

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