Les 9 vies de Philibert Salmeck

de John Bemelmans Marciano

traduit de l'américain par Mickey Gaboriaud

illustré par Sophie Blackall

Editions des Grandes Personnes - 2014

Philibert Salmeck (attention aux sonorités des patronymes) est l'unique héritier d'une dynastie de voleurs, profiteurs, menteurs... et ce depuis la crise de la tulipe néerlandaise au XVIIème siècle. Mais les Salmeck vivent dangereusement et meurent jeunes, souvent tués par la proximité d'un animal... Heureusement pour eux, une autre famille, les Austerman, est chargée de les protéger. C'est ce à quoi s'emploie le dernier (lui aussi) des Austerman au sujet de Philibert, 12 ans.

En ayant assez de ne rien manger d'allergisant et de regarder la route avant de traverser, Philibert décide de s'octroyer 9 vies, en chipant celles de son chat, Shad Mahler. Opérés par un savant fou, les deux survivent, et Philibert commence à expérimenter toutes sortes de conduites extrêmes, au grand dam de son tuteur : électrocution, tauromachie, noyade... Le nombre de vies du petit garçon va en s'amenuisant, finissant par le rendre paranoïaque.

Conte macabre illustré avec pertinence en noir et blanc par une Faucheuse récurrente, Les 9 vies de Philibert Salmeck finit dramatiquement, en un point d'orgue sur le Bien, le Mal, la morale et l'argent dans tout ça. Entre le début et cette conclusion implacable, on aura ri très jaune. L'atmosphère à la Edward Gorey souffle habilement le chaud et le froid, tempérée seulement de quelques respirations enfantines – la licorne, les ailes d'Icare... -

Faut-il parler de noirceur, crier encore au loup en littérature jeunesse ? Absolument pas, car l'ensemble est tellement outré qu'il en devient à consonance purement fantastique. Si la fiction ose tout, c'est bien parce qu'elle n'est pas complètement la vie...

Pour le reste, avec son narrateur omniprésent, son fil narratif linéaire, son rapport à l'autorité via un Austerman malgré tout en position de force, ses moments de réflexion un peu tristes car l'argent ne fait pas le bonheur d'un orphelin, l'ouvrage observe toutes les « règles » du roman pour les pré-adolescents (12/13 ans environ). Le piquant en plus !

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