L'île du temps perdu

de Silvana Gandolfi

nouvelle traduction de l'italien par Faustina Fiore

Editions des Grandes Personnes – 2014

(première édition au Seuil jeunesse – 1997)

Vous ne jurez que par votre GPS et pour vous, l'heure, c'est l'heure ? L'île du temps perdu et ses petits héros missionnaires sont faits pour vous. Giulia et son amie Arianna se perdent dans une mine devenue musée lors d'une visite scolaire. Elles se retrouvent au pied d'un volcan, dans un lieu où il ne fait jamais nuit et où le temps passe de toute façon très lentement. Animaux, humains et objets jonchent le sol : ils ont oublié où ils étaient sur terre à un moment ou à un autre. Et tout est susceptible de se perdre : le courage, l'espoir, les occasions, etc, deviennent une sorte de plancton douillet dont on peut se couvrir opportunément.

Il est possible de revenir sur terre en sautant dans une crevasse. Mais peu choisissent cette solution, préférant tel ce groupe d'enfants que rencontrent les deux filles rester libres et heureux. Il y a bien des menaces, ces fumerolles noires de désespoir secrétées par les terriens, et qui rendent les perdus hébétés, puis cannibales. Lorsqu'elles prennent trop d'importance, les habitants de l'île sont obligés d'agir et de retourner sur terre afin de dispenser la bonne parole : l'oisiveté n'est pas la mère de tous les vices, bien au contraire (voir citation ci-dessous). Un discours difficile à faire entendre, et dont ils ne sont même pas sûrs de se souvenir après leur voyage dans la crevasse...

Au-delà de l'histoire inventive et séduisante, Silvana Gandolfi a soigné la forme narrative de son roman : une auteur (« S. ») isolée dans un chalet écrit l'aventure qu'a vécue son amie Giulia étant enfant. Elle interrompt son travail avec des lettres adressées à Giulia, expliquant le « je » du roman, certains choix et procédés littéraires... Mais l'auteure a également disparu, comme nous l'apprend l'éditeur en exergue et à la fin. Le lecteur a tôt fait de deviner où, et c'est un vrai petit plaisir que de voir l'histoire se retourner littéralement dans ses dernières pages.

Avec ses personnages d'enfants soignés et touchants, le livre ne cesse encore de s'émailler de jolies surprises : les citations littéraires autour de la paresse, qu'on découvre nombreuses, la « réalité » physique de Daniel et peut-être celle d'Arianna, les petits animaux secourus par cette dernière (pas de chat, ils sont trop malins, nous dit Fantasia). Ecrit en 1997, ce conte philosophique accessible à tous, charmant et captivant, n'a pas perdu une once de son actualité. A lire et relire en prenant tout son temps, dès 11 ans !

« Bien entendu, l'oisiveté de l'île, c'est autre chose : c'est réussir à se confronter avec soi-même sans s'ennuyer, s'intéresser à des choses insignifiantes, comme le vol d'un moustique, pour y découvrir la mélodie du soleil et les lois de l'univers.

Mais c'est aussi décider que si l'on veut faire quelque chose, quoi que ce soit, alors cela vaut la peine de le faire avec énergie et passion pour que ça réussisse. Sans oublier, cependant, que l'action est juste l'une des manières de vivre, et non la seule.

Pour résumer, l'oisiveté est l'art de faire en ayant l'air de ne rien faire. Tu es d'accord avec ça ? » (p. 219)

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