Tante Hilda ! : le roman

un conte légèrement loufoque de Jacques-Rémy Girerd

illustré par Benoît Chieux

Flammarion – 2014

coeur mini mini

Deux savants, Michaël Aldashin et son assistant Julio Attilio, inventent la « fission potagère » et produisent un maïs mille fois plus gros et résistant que le maïs NGO. Mais Aldashin a peur de son invention et ne veut pas en informer la société qui l'emploie, la DOLO. Attilio, jaloux, passe outre cette recommandation et devient le favori de Dolorès, directrice de la DOLO aux appétits financiers aussi gros que son ventre. « Attilem », un nouveau maïs géant, bleu avec des piquants, est planté à travers le monde : c'est la fin de la faim, la promesse d'une énergie inépuisable. Le Président de la République se frotte les mains.

Mais bientôt, l'Attilem s'attaque à la végétation environnante et d'autres pénuries s'installent. La population gronde, il faut inventer un antidote au maïs mutant : ce nouvel insecticide sera évidemment fabriqué par... la DOLO. En attendant, Dolorès manque de miel, son pêché mignon. Elle sait où en trouver : chez Hilda, une botaniste convaincue aux serres magiques qui renferment toute la biodiversité de la planète et ont résisté à l'invasion de l'Attilem puis de l'insecticide, grâce à l'aide de l'ami d'Hilda, Michaël Aldashin lui-même.

Il s'agit bien sûr de la transcription d'un scénario, et l'auteur s'attache souvent à rendre certains effets visuels aux dépens de scène de psychologie pure. Toutefois, j'ai presque trouvé que nous manquions de descriptions de l'environnement, notamment de ces magnifiques serres aux allures diamantines. Mais ne vous y trompez pas, la qualité est au rendez-vous, avec des phrases aussi jolies que : « Les petites fleurs bleues fleuronnent de plaisir » (p. 46) et un goût certain pour la narration émotive qui virevolte (le livre est d'ailleurs présenté comme un « conte »). Et l'imagination sans failles de Jacques-Rémy Girerd fait mouche entre rire et sourire, des adorables parents gâtifiants d'Hilda aux effluves des fleurs, langage délicat.

Nul doute que les enfants, sensibilisés désormais dès l'école aux questions écologiques, feront le rapport avec les OGM (voire avec un capitalisme assoiffé de productivité). L'Attilem est un vrai repoussoir : moche à faire peur, trop polyvalent pour être honnête, sans aucun doute immangeable en légume. L'ensemble militant se lit alors comme un bonbon. Nous connaissons déjà la fin heureuse, il suffit de faire durer le plaisir en frissonnant à moindres frais. La fraîche histoire d'amour entre Hilda et Michaël, le lien familial d'Hilda et Dolorès constituent des petites épines (encore!) qui apportent vivacité sur la tige principale exemplaire de cette intrigue en forme de démonstration.

Un roman pour tous les amoureux de la nature, et un film enthousiasmant dont vous trouverez une première bouchée ICI.

Pour Fantasia, reste la grande question : pourquoi « tante » Hilda ? Parce que cette femme généreuse a adopté toutes les petites boutures du monde ? A vous de voir...

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