Les sauvageons

d'Ahmed Kalouaz

Rouergue – collection DoADo - 2013

Nous sommes au milieu du XIXème siècle. La vie d’Hippolyte bascule lorsque son père meurt. Parce que sa mère ne peut pas subvenir à ses besoins, il est envoyé chez un oncle, cordonnier au mieux indifférent. Tenaillé par une envie de liberté, Hippolyte va suivre un vagabond de grand chemin. Mais la police les rattrape et le jeune garçon se retrouve en route pour une « colonie agricole », c'est-à-dire un centre de redressement pour mineurs. L'horreur commence : travail harassant, nourriture infâme, punitions injustes et violentes...

Hippolyte ne tient que pour deux raisons : son envie de s'enfuir, et le petit Julien, bien trop tendre pour la situation. Partir ne posera pas de problème, mais la maréchaussée comme les habitants du village voisin à l'affût d'une prime rôdent. Cependant, par deux fois, Hippolyte reviendra de son plein gré, non par vengeance comme Giuseppe qui le paiera de sa vie, mais parce qu'il a conscience de pouvoir faire bouger les choses.

Récit en « je » évidemment poignant, criant de vérité avec des détails précis, nuancé malgré tout avec de belles rencontres, Les sauvageons a valeur de témoignage pour les jeunes générations. A la lecture du roman, on ne peut que mesurer l'écart (le précipice) entre les mesures éducatives répressives de l'époque et la liberté dont jouissent heureusement – sans doute avec des excès consuméristes – les jeunes du XXIème siècle.

Cependant, une qualité de l'ouvrage est devenue pour moi un problème : son impeccable écriture. Certes, Hippolyte est lettré, au contraire de la plupart de ses camarades. Il est aussi intelligent, mature. Mais certains passages sur-écrits, un peu lyriques, pouvaient sonner faux dans sa bouche : sa conscience de lui et des droits de l'enfant tient sans doute plus de l'instinct que de la construction élaborée. Et j'ai alors pensé que c'était davantage Ahmed Kalouaz, passionné et révolté par son sujet, qui prenait la parole...

« Moi qui étais devenu un reclus presque par hasard, je ne faisais plus partie de la famille des hommes libres. Pour retrouver un peu de dignité, de tendresse aussi, il ne me restait qu'à marcher, avancer, tout en tenant en moi ce rêve qu'une fois arrivé dans mon village, la vie redeviendrait belle. » (p. 60)

kalouaz