Mon plus grand combat

de Flo Jallier

Sarbacane – collection Exprim' – 2014

Tara Giuliani était promise à rester une fillette chétive, jusqu'à ce que son père, faisant fi des conseils des médecins, amène sa fille, fan de Mohamed Ali (Cassius Clay...) dans un club de boxe. C'est le déclic. Tara concentre toute son énergie, toute sa hargen (contre qui ? Contre quoi?) dans les combats et devient une grande championne. A vingt ans, elle n'a presque pas d'existence sociale, et ne fréquente que les rings, son ami d'enfance l'idéaliste Freddy, et une famille divisée à son sujet, entre fierté et jalousie. Cela lui convient, elle ne connaît que ce mode de vie.

Et puis, lords d'une match contre une boxeuse allemande tout à fait à sa portée, elle reçoit un coup à la mâchoire et tombe dans le coma pendant trois jours. Tara revient à elle déboussolée. Elle est passée d'un « K.O. extérieur » à un « chaos intérieur » (titres des parties). Elle ne retrouve en effet sa rage que dans ses pensées, et comprend qu'elle doit donner un nouveau sens à sa vie. Si Franck, l'homme de ménage de la salle de boxe, va l'y aider, elle devra toutefois encore compter sur sa légendaire force de caractère...

L'ambiance des combats, les entraînements, le mental de l'héroïne sont parfaitement reconstitués – et on ne se lasse pas. La psychologie de Tara, ses relations avec ses proches souvent compliquées, les origines tortueuses de sa vocation, sont racontées avec naturel, retours en arrière ou au long du roman, et sans que le lecteur ne sache tout non plus. Car le plus intéressant est bien le côté roman d'apprentissage. Et pour le développer, il fallait laisser au personnage principal, au lecteur aussi, une marge d'incertitude, une possibilité d'interprétation.

L'action (la boxe) ne serait donc qu'accessoire pour la trajectoire d'une jeune femme qui comprend bêtement qu'elle ne faisait que sa battre contre elle. La métaphore est simple, Flo Jallier l'exprime sans facilités, sans insistance, et d'une écriture vive, certes introspective mais pas nombriliste. D'une maladresse bourrue, Tara ne confie pas trop ses émotions et on devine qu'elle restera réservée. Et qu'elle ne portera peut-être pas d'escarpins féminins. Et alors ?

Un beau roman pertinent d'un point de vue individuel, et sociétal (la place de la femme...). Dès 14/15 ans.

A lire aussi : Angélique boxe de Richard Couaillet (Actes sud junior, 2008)

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