Automne

de Jan Henrik Nielsen

traduit du norvégien par Aude Pasquier

Albin Michel jeunesse – collection Wiz – 2014

Nanna, douze ans, et sa petite sœur Fride, six ans, vivent depuis quelques années dans un bunker souterrain avec leur père, sur une île. Ils ont fui la ville alors que Fride était bébé : une maladie endémique a ravagé l'environnement, a éliminé les animaux, les hommes. La mère des filles, médecin, est restée pour aider et on ne sait pas si elle est toujours vivante (Fride le croit très fort). Lorsque la nourriture manque et que le père tombe malade, Nanna et Fride doivent prendre la route afin d'essayer de trouver des médicaments à la ville. Un étrange voyage, entre joie enfantine de la liberté et crainte du bout du chemin, commence.

Sobriété, urgence : telles sont les deux qualités de ce roman hors-normes. Urgence : sous le temps long des deux fillettes qui découvrent le monde, il faut se dépêcher de sauver le père. Le choix du présent et d'un narrateur externe rend compte des deux facettes avec beaucoup de subtilité. Sobriété : aucun effet spécial, nulle insistance (et même un mystère) autour de la maladie, ses manifestations et son origine. Il n'y a que les survivants, des rencontres en positif ou en négatif, et la vie dure qui se joue au jour le jour.

La ville déserte n'effraie pas vraiment Nanna et Fride, inconscientes comme la plupart des enfants, portées par l'amour de leurs parents qu'elles ressentent et commentent. Oiseau, un garçon seul qu'elles croisent en route, est bien davantage l'écorché vif qu'on attend, tout entier tournée vers son merveilleux secret (chut!). Il y aura des allers et des retours, des déceptions et des espoirs, des hésitations aussi. Nanna joue parfaitement le rôle de la sœur aînée qui doit décider, tandis que Fride illumine l'aventure par sa confiance naïve en la vie. A elles deux, elles se tireront d'affaire (jolie fin douce-amère) et sauveront même Oiseau menacé de folie.

Un roman de l'apocalypse d'une folle sensibilité derrière sa rigueur impeccable.

« La nature est un élément qui nous dépasse, dit Trym. Vous vous souvenez comment c'était, avant ? La fin de l'hiver ? Tout semble mort. Les arbres n'ont plus de feuilles, le sol de la forêt est noir et sans vie. Mais un jour, ça commence à pousser. Le soleil réchauffe la terre, et quelques petites pousses vertes dont leur apparition dans les endroits bien exposés. Je n'ai jamais compris comment c'était possible, et je ne le comprends pas plus aujourd'hui. Mais la nature sait. Elle trouvera peut-être une solution cette fois encore. » (p. 164)

IMG_8754

A noter la superbe couverture de Stian Hole, auteur de L'été de Garmann (Albin Michel jeunesse, 2008)

IMG_8780