L’œil du pigeon

Auteur : Séverine Vidal

Illustrateur : Guillaume Plantevin

Sarbacane – 2012

Dans une France qui fleure bon l’insouciance d’une époque finalement pas si lointaine, partons à la rencontre de Léon. Pigeon parisien s’il en est, nœud pap’ et fière allure, il nous raconte d’une plume vive et facétieuse l’histoire de Rose et Youri. Une histoire d’amour, bien entendu ! Ou plutôt une succession d’occasions manquées entre deux enfants qui grandissent l’un à côté de l’autre et ne cessent de se croiser, ignorant l’existence de leur âme sœur. Qui d’autre alors que le vigilant Léon pour donner un coup de pouce “fait maison” aux tourtereaux ?

Son instinct imparable avait remarqué depuis bien longtemps que ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre. Notre pigeon narrateur ne manque pas de s’attribuer tout le crédit de leur rencontre, et de protester contre l’ingratitude des humains !

Un très joli album des éditions Sarbacane, qui laisse toute leur place à de splendides illustrations ; on ne peut en effet que s’attarder sur les vastes doubles pages, riches en couleurs et en détails. Le dynamisme du dessin, les aplats de couleurs, les effets de brosse et de pochoir nous font ressentir l’ambiance chaleureuse et vivante des années 60-70 sans tomber dans le pastiche. Certaines illustrations, comme la double page de la fête foraine, valent vraiment le détour. Guillaume Plantevin réalise un travail tout en finesse que le lecteur petit (ou grand) se délectera de reparcourir, à la recherche de Léon ou d’un menu de restaurant cocasse. La composition typographique, malheureusement souvent délaissée ou bâclée dans les albums jeunesse, est ici bien intégrée dans l’image et plutôt agréable à lire.

Le récit, entièrement mené du point de vue de Léon, adopte un ton résolument humoristique et somme toute assez surprenant pour une histoire d’amour. Le pigeon ponctue en effet son énumération des rencontres ratées entre Rose et Youri de commentaires personnels, parfois même sans rapport avec l’histoire : flagorneur, il se félicite de sa forme physique, enjolive la situation, attire vers lui l’attention du lecteur. Une surprise bienvenue qui, en ajoutant une certaine distance à la romance, invite cet album à être lu aussi bien par les amateurs de princesses que de camions miniatures. Les adultes qui seraient amenés à lire l’album aux plus jeunes ne sont pas en reste : la finesse des illustrations et l’écriture habile et pleine de second degré de Séverine Vidal leur permettront de tirer un plaisir certain de leur lecture.

On peut parfois craindre que les interventions systématiques de Léon ne nous éloignent un peu trop des héros “secondaires”, ou ne rendent le personnage du pigeon un brin agaçant. Mais le choix de l’auteur est clairement défini et cohérent tout au long de l’album, et il est à saluer comme tel.

En somme, une lecture très agréable : si elle ne traite pas de questions existentielles profondes, on n’en ressort pas moins éclairé, nourri de jolis mots et de belles images.

Loup Thévenin (Licence pro Métiers de l'édition Paris V)

oeil pigeon

La note de Leeloo :

Mon papa m’a récupéré dans la rue, et j’ai un peu peur de tout ; mais j’ai pris mon courage à deux pattes et joué le jeu pour la photo ! Le livre est un peu grand pour moi, mais il sent plutôt bon.

pigeonvidal