La question de 10 heures du soir

Auteur : Kate Goldi

Traduction : Emmanuèle Sandron

Alice éditions - collection Tertio – 2012

On pourrait qualifier ce livre de monologue intérieur…

En effet, il raconte huit jours, répartis sur quatre mois, de la vie de Frankie, un jeune garçon de douze ans, vivant en Nouvelle-Zélande. Nous découvrons son monde à travers les vagabondages de son esprit : qu’il s’agisse de peurs, de souvenirs, d’anecdotes ou encore,  de simples égarements. Au premier abord, sa vie est loin de sortir de l’ordinaire. Seulement, il se pose des questions. De nombreuses et troublantes questions.

Tous les soirs dans sa chambre, il tente de résister mais, finit toujours par aller en demander les réponses à sa mère afin de pouvoir retrouver son calme intérieur. Seulement, ses angoisses ne se calment pas et semblent toujours plus profondes… Dans la journée, il a peur de la mort, des pansements adhésifs usagés, d’avoir des vers ou encore qu’une catastrophe aérienne se produise. Le soir, il devient hypocondriaque, pensant avoir la grippe aviaire, s’être empoisonné, avoir contracté une hépatite, peur pour sa mère, pour le monde…

Que cachent réellement ces questions qui ne paraissent jamais être les bonnes ? C’est ce que découvre le lecteur au fil du roman. Les interrogations de Frankie sont en réalité bien plus profondes et, s’il s’en pose des tonnes, c’est surtout afin de se protéger du « non dit » qui semble ronger sa famille…

À l’école, il est souvent accompagné de Sydney, une nouvelle élève qui contrairement à lui semble toujours être de bonne humeur et manifester de la joie de vivre. Si ces deux enfants apparaissent opposés, ils sont en réalité similaires en bien des points. En effet, tous deux ont des responsabilités qui ne sont pas de leur âge : s’occuper de leurs mères. Alors que celle de Sydney ne peut rester en place, celle de Frankie semble avoir pris racine dans sa maison, qu’elle n’a pas quittée depuis 9 ans. Côté paternel, ce n’est guère mieux. Si le père de Frankie est présent dans sa vie, il est appelé par tous, Oncle Georges, comme si sa place se trouvait ailleurs et, ce n’est que tard dans le livre que le lecteur prend conscience qu’il n’est pas réellement l’oncle du jeune garçon. Celui de Sydney par contre, se trouve sur un autre continent et, cette dernière a pris l’habitude de le nommer « t’es où » jouant sur son prénom Théo…

Grâce à sa jeune amie, Frankie apprend à s’interroger sur des choses extérieures à lui-même, à sa propre vie. Afin de sauver Sydney, il arrive à poser de vraies questions et donc, à réfléchir à celles qui le rongent. Il prend également conscience qu’il est timoré et tourmenté.

Réussira-t-il à parler avec sa famille du « non-dit » qui les détruit ? Qui rend sa sœur et son frère, déjà adultes, si distants de la maison ? Sydney réussira-t-elle à avoir une famille qui la protège et à retrouver sa place d’enfant ?

C’est ce que je vous invite à découvrir dans ce roman illustrant le passage de l’enfance à l’adolescence et où le rôle de la mère est prépondérant pour ce qu’elles apportent –ou pas– durant ce passage difficile de la vie.

Alice Lucas (Licence pro Métiers de l'édition Paris V)

question 10 heures

questiongoldi