3 contes cruels

Auteur : Matthieu Sylvander

Illustrateur : Perceval Barrier

École des Loisirs - 2013

Cet album est un recueil de trois historiettes : Poireaux, Carottes et Macédoine. Au menu, des poireaux qui rêvent de voyager aux quatre coins du monde tombent sous le charme d’un « renne » aux funestes intentions. Des carottes parviennent à s’enfuir de leur potager, mais tombent dans les griffes d’étranges créatures ailées qui leur proposent de participer à leur grande fête dans la garenne. Un poireau nommé Roméo et une carotte du nom de Julotte s’aiment en secret, dans un potager où les poireaux et les carottes ne doivent pas se mélanger : cette histoire, comme les deux précédentes, va forcément très mal finir !

Dans ces « contes cruels », point de méchants loups, d’ogres ou de sorcières, mais des ennemis aussi cruels qu’inhabituels : une vache et des lapins. Des animaux certes adorables, mais aussi les plus redoutables cauchemars des légumes ! Cet album propose de revisiter quelques célèbres histoires tragiques sous un angle nettement humoristique, servi par le dessin malicieux de l’illustrateur, qui atténue la barbarie dont les malheureux légumes sont les victimes. Parce que chaque histoire finit au plus mal pour nos amis végétaux, qui sont si délicieusement naïfs qu’ils ne peuvent que finir dans des estomacs…

Du Petit Chaperon Rouge à Roméo et Juliette, ces trois histoires convient le jeune lecteur à réfléchir sur des thèmes universels : le danger que peut représenter un inconnu à la langue –trop !– bien pendue, l’amour défendu, l’absurdité de la guerre ou l’acceptation de la différence et du mélange… Le style incisif de Matthieu Sylvander, riche en jeux de mots, permettra également à l’enfant d’apprendre un peu de vocabulaire, par exemple les mots en « -vores » (frugivores, insectivores…) : un complément pédagogique qui n’est pas à dédaigner. Les illustrations sous forme de bande-dessinées humoristiques, ainsi que le texte manuscrit des phylactères, encourageront les jeunes lecteurs réticents à s’immerger dans les mésaventures de nos pauvres légumes.

Par ailleurs, l’humour très noir de cet album amusera autant l’enfant que l’adulte, au point que l’on est en droit de se demander pour qui exactement ce livre a été écrit ! En effet, les « trois contes cruels » le sont bel et bien, cruels : les légumes finissent dévorés, ou encore ils s’entre-déchirent au cours d’une guerre sans merci avant de finir à la casserole. Même le petit couple Roméo-Julotte, qui était parvenu à survivre au conflit et à la grande macédoine de la cuisinière, finira dévoré par les antagonistes de l’album. Sans le contre-balancement comique des illustrations, celui-ci aurait pu être qualifié de macabre, puisque ce sont les méchants qui l’emportent, tandis que tous les héros finissent mangés, leurs rêves brisés et leur amour détruit.

Ce n’est pas si souvent qu’un livre nous propose de nous épancher sur le sort d’une bande de légumes, des aliments que les enfants ont plutôt l’habitude de repousser avec dégout. Ce petit album constituera à leurs yeux une savoureuse vengeance !

Delphine Kreizel (Licence pro Métiers de l'édition Paris V)

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