Zelda la rouge

de Martine Pouchain

Sarbacane – collection Exprim' – 2013

C'est Zelda la rouge, en référence à Danny le rouge, car Zelda, pétulante jeune fille en fauteuil roulant, veut faire de la politique pour changer le monde, et pas que celui des handicapés. Elle a du bagout, de la finesse, elle est sûre d'elle et de sa féminité. Tout le contraire de sa sœur aînée Julie, qui rumine l'accident de voiture ayant coûté ses jambes à Zelda, qui a dû prendre en charge la maisonnée après le décès de la mère (un suicide) et de Mémène, la grand-mère (le chagrin). Et quelle maison ! Grande et vieille, elle demande beaucoup d'entretien, tant et si bien que les deux sœurs ont pris un, puis deux colocataires. Katy, malmenée par la vie mais le cœur sur la main, Jojo, ex-SDF jardinier émérite, ainsi que le vieux voisin Paul sont la famille de Zelda et Julie. Arrive alors Baptiste, « employé du nucléaire », beau comme un dieu, et qui s'intéresse d'un peu trop près à Zelda... A moins que ce ne soit de la méfiante Julie ?

De cette chaleureuse auberge espagnole où on panse ses plaies à mesure que les légumes de Jojo poussent, nous aurons les échos de Zelda et Julie, alternativement narratrices. Elles ont leurs différences – Zelda la joyeuse naïve, Julie et ses sombres prémonitions sur les maux des gens -, mais aussi plus de points communs qu'elles ne veulent bien l'admettre : une résistance opiniâtre, un parler un brin gouailleur (et une façon impressionnante, aussi bien de la part de l'auteur que du personnage de Zelda, de ne rien occulter des conditions physique d'un handicapé), une relation fusionnelle et complice.

Le lecteur réjoui de cette bonne ambiance ne réagit pas forcément à l'arrivée de Baptiste, grain de sable dans des rouages bien huilés où chacun a sa place, jusqu'aux poules et au chat de Paul. Il s'éblouit plutôt à propos de l'amour naissant entre Kathy et Jojo, des ambition pour l'instant velléitaires de Zelda, des petits riens de la maison de retraite où travaille Julie. Alors, la révélation des dernières pages va faire mal, mais vite, très vite, la fin arrive, presque abrupte, signifiante de la vie qui passe sans attendre. Zelda est une experte en survie ainsi qu'en bonheur, et elle entraîne Julie, un peu perdue sans ses douleurs, dans son sillage.

Reflet de l'existence avec ses joies et ses peines, attentif au moindre détail et usant d'une langue savoureuse, le roman ne sacrifie pourtant rien de son ironie, de sa complexité psychologique, de sa littéralité calibrée pour évoquer la souplesse sur l'autel du « social » version solidaire. En bref, il ne prend pas son lecteur pour un idiot et cela fait toute la différence. Dès 14/15 ans.

« Ca ne sert à rien de se voiler : tôt ou tard, on a tous un désert à traverser pour que nos démons deviennent des anges. » (p. 244)

Fantasia a apprécié : « […] je n'ai plus qu'à vous présenter Marylin, une siamoise blonde qui veloute de-ci de-là dans [le] sillage [de Paul], à moins qu'elle ne convoite une fauvette à tête grise ou une merle, ou une imprudente musaraigne. » (p. 45)

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