Mon été mortel

de Jack Gantos

traduit de l'américain par Valérie Le Plouhinec

Les Grandes Personnes – 2013

Eté 1962. Jack habite avec ses parents à Norvelt, ville construite après la Grande Dépression sur l'impulsion d'Eleanor Roosevelt. Les Norveltiens d'origine ne sont plus très nombreux, mais Jack, privé de sorties pour avoir rasé les plants de maïs de sa mère (sur injonction de son père), se lie avec une vieille voisine et l'aide à rédiger les notices nécrologiques du journal local. Les morts à répétition vont rendre l'entreprise beaucoup plus palpitante qu'il ne l'imaginait.

Jack Gantos s'est visiblement inspiré de sa propre enfance pour dresser le portrait d'une ville en déclin, qui voit à la fois son nombre d'habitants diminuer et son idéal de partage, de solidarité, se dissoudre dans un consumérisme triomphant. A ce sujet, la mère généreuse, la voisine obstinée mènent une opposition un peu désespérée, qui se concrétise par exemple dans la résistance au père de Jack. Ce dernier vient en effet d'acheter un petit avion à une vente de l'armée (pour voir plus loin) et travaille au transport des maisons (!) jusqu'à une autre ville rooseveltienne plus florissante.

Jack observe, raconte. Le cœur tendre et la narine fragile (il est plus ou moins hémophile), le jeune narrateur se construit aux deux idéologies. Quoiqu'un brin nostalgique, le roman ne prétend pas nous entraîner dans des regrets. Il y a beaucoup de drôlerie à suivre le vieux shérif-pompier volontaire sur son tricycle géant, à écouter la voisine disserter sur des anecdotes de l'histoire des Etats-Unis, à voir les parents s'affronter à travers leur fils sur la construction ou non d'une piste d'atterrissage dans le jardin. On trouvera même des Hells Angels subversifs et revanchards, un transistor tout neuf et des matches de base-ball : une Amérique d'un temps révolu se compose sous nos yeux.

Derrière cette chronique d'enfance sucrée-salée, Jack Gantos nous parle de perte, mais aussi et surtout de transmission. Norvelt disparaîtra peut-être, ses valeurs dureront dans le cœur des jeunes générations, représentées par le sympathique héros. A l'aune d'une urbanisation galopante, l'enjeu n'était pas mince dès les années 1960 et encore aujourd'hui. Impeccablement écrit, traduit, rythmé dans un temps suspendu qui n'exclut pas le mouvement à sa marge, Mon été mortel remplit avec élégance et simplicité sa mission. Après l'avoir lu, on a comme une furieuse envie de mieux connaître son voisin (que lui ait envie de vous connaître est une autre histoire, mais la mère de Jack aurait refusé de baisser les bras) ! Dès 13/14 ans.

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