Partir

de Veronica Salinas

traduit du norvégien par Alain Serres

illustré par Camilla Engman

Rue du Monde – 2013

coeurs

J'avais aimé l'étrange dessin de Camilla Engman dans La fille verte de Vincent Cuvellier (Gallimard jeunesse, 2012). C'est avec une histoire tout aussi saisissante que je la retrouve ici, une histoire philosophique et de tolérance hyper-sensible. Soit un canard, obligé de quitter le lieu où il habite : le vent le pousse, il ne peut résister. Arrivé dans un endroit inconnu, il chercher à se rassurer et à recréer un petit bout de sa maison. Mais ni la mouche, ni le poisson ne le comprennent. Le canard pleure, isolé. Puis il rencontre un autre canard. Pas tout à fait le même, mais ils se ressemblent et surtout peuvent parler ensemble. Le monde s'éclaire, devient rieur et joyeux tandis que les autres animaux s'approchent pour partager un rayon de soleil. Voilà que bientôt, à son tour, le deuxième canard doit partir. Que va devenir le premier ? Fort de son expérience, il va se mettre à parler au chien et au chat...

Le titre original (Reisen, c'est-à-dire voyages) fait moins peur que le titre français, Partir. Selon la citation consacrée, partir, c'est mourir un peu... mais pour mieux renaître, même si cela demande du temps. Le texte elliptique, d'une grande force avec son « tu » qui nous interpelle tous, ouvre la voie à de multiples réflexions : apprentissage de la langue, tolérance, acculturation, c'est toute la problématique de l'immigration qui est racontée ici en quelques mots subtilement choisis.

Et face à cette « poésie du social », les dessins épurés, aux détails parfois cocasses qui soulagent la charge émotionnelle, apportent leur vision fortement suggestive. Absolument pas simpliste, la métaphore animalière ne fait que souligner avec habileté la notion de différence. Pas forcément dans la forme mais dans le fond, j'ai pensé à Elzbieta (c'est un avis très personnel). A lire et à expliquer dès 7 ans.

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