Les ailes de la sylphide

de Pascale Maret

Thierry Magnier – 2013

coeur mini

A dix-sept ans, Lucie, élève au Conservatoire de Lyon, se rêve danseuse étoile. Elle en manifeste les capacités, à défaut du moral. Fragile et solitaire, Lucie raconte avoir été trouvée dans une forêt par ses parents adoptifs. Ce n'est qu'aujourd'hui, alors qu'elle travaille d'arrache-pied son rôle de soliste dans le ballet « La Sylphide », qu'elle découvre ses ascendances surnaturelles. Fille d'une sylphide et d'un humain, des petites ailes rétractables lui poussent. Perturbée, fatiguée, Lucie doit de surcroît composer avec son attirance inquiète pour Théo, étudiant en médecine, et le harcèlement violent de Tahur, un salamandre autrefois épris de sa mère...

Pascale Maret s'essayerait-elle au fantastique ? On pense d'abord et bien sûr à Black Swan, le beau film de Darren Aronofsky (2010) dans lequel l'héroïne éprise d'absolu se voit pousser des ailes de cygne. Lucie possède son profil, associé à une histoire familiale au moins trouble. Dans le récit de la jeune fille, le merveilleux est posé comme certes difficile à croire (y compris par elle), mais il devient rapidement un état de fait. Si les rencontres des sylphes de la forêt s'opposent dans un premier temps au quotidien lyonnais, ils finissent par se rejoindre avec horreur. Tout s'accélère alors, et Lucie paniquée perd le contrôle de sa vie et de son corps.

Au début circonspect, un peu décontenancée devant le côté « simple » de l'intrigue (les sylphes après les vampires, on serait presque blasés), le lecteur pressent pourtant le drame. Quel sera-t-il et jusqu'où ira-t-il ? Cette unique question compose toute la tension du roman, écrit en phrases courtes et sèches – qui, déjà, s'accordent mal avec le caractère légendaire, un peu lyrique, des petites fées. La réponse n'apparaîtra vraiment qu'en toute dernière conclusion (le livre est un long retour en arrière).

Et ce final époustouflant, effroyable aussi, s'insère alors complètement dans l'oeuvre de Pascale Maret, une œuvre à la fois réaliste et sociale. L'auteure nous a bien eus : on a envie de dire bravo, si son personnage aérien n'en ressortait pas aussi brisé, dévasté... Un roman en forme de piège qu'on n'oublie pas aisément.

Pmaret

une très jolie couverture arachnéenne...