Temps de chien pour les requins

de Morris Gleitzman

traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec

Editions des Grandes Personnes - 2013

Oliver, petit Australien de dix ans, est le fils d'un riche couple de banquiers. On lui parle actions, dividendes, et ce nul en maths ne rêve que d'un chien avec qui jouer. Justement, il en a repéré un, adorable, à l'animalerie du centre commercial. Mais voilà que son ancienne gouvernante, licenciée par son étouffante mère il y a quelques années, kidnappe l'animal ! Oliver doit trouver 11 000 dollars en quelques jours pour le libérer, soit la somme que la gouvernante avait investie et perdue dans la banque de ses parents. Oliver comprend le désespoir de la femme – elle doit sauver un élevage de seize dromadaires en plein désert – mais s'inquiète encore plus pour le chiot, qu'il a déjà baptisé Barclay. Ne parvenant pas à communiquer avec ses parents occupés par une crise financière imminente, le garçonnet s'improvise lui-même apprenti-banquier...

La boule de poils contre les requins, le pot de terre contre le pot de fer, l'innocence contre le cynisme, le bonheur contre l'argent, ce roman farfelu à hauteur d'enfant est un peu tout cela, offrant des réflexions profondes mais jamais insistantes sur le sens de la vie. Le narrateur externe se centre avec tendresse sur Oliver (usage du discours indirect libre), dont la candeur finit en effet immanquablement par exprimer la vérité - et la déception. Préoccupé par des choses simples et immédiates, avançant de manière placide mais pas bête comme le dromadaire, le petit garçon reste au fond bien plus stable que ses parents, même pas d'accord entre eux, ou que sa gouvernante, touchante mais acculée à des choix irraisonnés.

Avec une écriture délicieusement piquante et des formules qui font mouche sans faire mal, Morris Gleitzman développe des aventures abracadabrantes enchaînées les unes aux autres, tellement rapides qu'elles en apparaissent naturelles. Au passage, on apprend que les actifs doivent toujours être supérieurs au passif, et que le dromadaire peut boire 70 litres d'eau d'un coup. La fin aussi morale qu'inattendue achève parfaitement cette belle histoire en forme de cri du cœur contre les excès du monde de la finance. Génial, dès 10/11 ans.

« Vus de près, les grands yeux humides du chiot étaient encore plus débordants d'ardeur et d'espoir. Et son pelage ras était d'une douceur incroyable. Comme des rideaux de velours. Du moins, comme l'étaient sans doute les rideaux de velours, car les parents d'Oliver leur préféraient des stores design en acier brossé. » (p. 13)

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