La passe-miroir volume 1 : les fiancés de l'hiver

de Christelle Dabos

Gallimard jeunesse - 2013

coup de coeur

Ophélie, liseuse d'objets, passe-miroir émérite, vit paisiblement avec sa très nombreuse famille sur Anima, s'occupant du musée qui raconte l'histoire de son arche. Pas coquette pour un sou et plutôt maladroite depuis un accident de miroir, la jeune fille apprend avec horreur qu'elle doit se marier avec un étranger venu du pôle, un dénommé Thorn qui se révèle abrupt et même passablement grossier dès la première rencontre. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Ophélie se retrouve avec sa tante Roseline à la Citacielle, cloîtrée chez Berenilde, la tante de Thorn.

Ce dernier, surintendant aux immenses pouvoirs, compte en effet quantité d'ennemis et n'a pas l'intention de montrer au grand jour sa fiancée. Au grand dam de tante Roseline ulcérée, et à l'agacement d'Ophélie, bien décidée à s'approprier son nouvel environnement. La jeune femme rencontre ainsi le séduisant ambassadeur Archibald et la dangereuse famille des Mirage, créatrice d'illusions. Thorn et Berenilde vivent eux en marge de la famille des Dragons, parce que Thorn est un bâtard et que Berenilde est enceinte du seigneur Farouk, qui n'est autre que l'esprit (et maître suprême) de famille de la Citacielle...

Ophélie et Roseline finissent par emménager incognito - Ophélie se déguise en serviteur – à Clairdelune, une sorte de cour à la Louis XIV, aux dorures aussi éclatantes que ses envers sont puants. Là encore, le danger rôde, et Berenilde use de tous ses charmes pour donner le change.

Pa-ssio-nant ! L'adjectif n'est ici en rien galvaudé. L'auteure, dont, rappelons-le, c'est le premier roman, tisse et brode avec un sens du rythme bien équilibré un univers riche, foisonnant mais toujours compréhensible. Son héroïne, suivie par un narrateur externe centré sur elle, va se montrer au fil du roman bien plus forte qu'on ne le pensait, et on s'attache à elle, à son humour involontaire de figure décalée, autant qu'aux autres personnages.

Atypiques, ceux-ci sont plongés dans des drames au fond très contemporains : l'appartenance au groupe, la prise du pouvoir... Venant d'ailleurs, Ophélie peut observer en toute impartialité. J'ai également apprécié les seconds rôles soignés (reviendront-ils ?), de la droite Roseline aux deux servants de l'ombre, le fidèle Renard et la rouée Gaëlle, sans oublier l'infernal Chevalier aux boucles blondes.

Mais ils auraient tous une saveur moindre sans ce monde des arches, aussi fascinant qu'effrayant, à mi-chemin des intrigues courtisanes d'un siècle passé et d'un fantastique inventif, paradoxalement léger et baroque à la fois. Les détails dont le récit se truffe le portent littéralement, mais cela ne veut pas dire que la trame de l'histoire ne soit pas solide non plus : Ophélie n'a pas encore retiré ses gants de liseuse (ils stoppent son don) et encore moins été présentée à l'avide seigneur Farouk.

J'ai essayé de comparer cette création, ce style avec ceux d'un autre auteur, sans vraiment trouver de réponse satisfaisante. Christelle Dabos, lauréate du concours du premier roman Gallimard jeunesse, est une découverte unique, et j'ai adoré ce (gros) début de trilogie, cette fantaisie survoltée au pays de rivalités et de crimes bien adultes !

Une interview menée par Télérama ICI.

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