L'étrange cas de Juliette M.

de Megan Shepherd

traduit de l'américain par Marie Cambolieu

Milan – collection Macadam – 2013

Juliette M., c'est Juliette Moreau, la fille du docteur Moreau qui l'a abandonnée avec sa mère suite à un scandale médical ayant ruiné sa réputation. Le père s'est échappé sur une île tropicale avec son apprenti Montgomery, la mère est décédée de tuberculose, et la fille a survécu dans Londres en effectuant toutes sortes de petits travaux indignes de son rang. Six ans après, par hasard, elle rencontre Montgomery venu récupérer du matériel en Angleterre. Elle apprend que son père est toujours en vie, et force Montgomery à l'emmener avec lui sur l'île.

Mais Juliette, qui pensait pouvoir se réconcilier avec son étrange géniteur, déchante bien vite : une folie de démiurge semble avoir définitivement gagné cet homme insensible, qui utilise la vivisection sur des animaux pour les transformer en monstrueuses créatures pensantes. Juliette ne peut compter que sur l'appui de Montgomery, son ami d'enfance, et sur celui d'Edward Prince (Prendick chez Wells), un naufragé récupéré sur la route de l'île, Anglais de bonne famille portant un jugement sévère sur Moreau.

Il est des réécritures, des digressions autour d'oeuvres de référence qui n'apportent pas grand chose. Certes, Megan Shepherd, en s'inspirant de L'Île du docteur Moreau de H. G. Wells (1896) choisit un sujet puissant, et donc une certaine facilité puisque le lecteur est d'emblée fasciné. « L'incrustation » de Juliette aurait toutefois pu rester passive, sur une trame romantique toute ficelée entre Montgomery et Prince. Il y a évidemment un peu de cela, mais l'auteure crée une héroïne singulière, ambiguë dans ses rapports avec son père, torturée par ses propres démons (voir par exemple la place de la femme dans la société en cette fin de XIXème siècle), et qui découvrira en effet un terrible secret à la fin du roman.

Si le récit dans son long suit avec une certaine fidélité son « modèle », sa conclusion diverge, et se montre tout à fait personnelle. On pourra la trouver peut-être un peu rapide mais intéressante dans le sens où elle respecte la droite ligne dramatique de Wells. Par contre, j'ai absolument regretté le à suivre de la toute dernière page... Oui, le côté abrupt ne nous laissait que nos yeux pour pleurer, et alors ? Un roman cruel et violent, écrit avec densité, qui ravive intelligemment les interrogations posées par son original à propos des relations entre l'homme et l'animal. A lire à partir de 15/16 ans.

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