Qui a tué Herman Henderson ?

De Rebecca Promitzer

traduit de l'anglais par Agnès Piganiol

Bayard jeunesse – collection Millézime – 2013

Béatrice vit à Elbow, une petite ville américaine où il pleut tout l'été, en compagnie d'une amie de sa mère. Cette dernière a en effet été internée en hôpital psychiatrique suite au décès du père de Béa, photojournaliste. Pendant les grandes vacances, Béa retrouve souvent Sam, enfant maltraité par la vie comme elle, et le chien Jellybean. Un jour, Sam lui montre un cadavre dans une maison abandonnée, et Béa le photographie. Des événements fantomatiques liés à l'appareil photo commencent alors à se manifester, incitant Béa, Sam et d'autres enfants restés à Elbow à enquêter à propos de ce qui prend des allures de meurtre.

Âgés d'une dizaine d'années environ, possédant leur propre petit caractère, plus ou moins cabossés par l'existence et/ou leur famille, les héros se resserrent autour de la narratrice Béa, elle-même complètement portée par le souvenir de son père, journaliste d'investigation pugnace. Quelque part, son enquête autour du cadavre hanté l'amène à honorer la mémoire de ce disparu. Et c'est ainsi que d'un début bon enfant, juste un peu inquiétant, on passe à des actions dures voire effrayantes – ce n'est pas la fin qui me contredira.

Je ne sais pas pourquoi, mais l'ensemble m'a fait penser à Citizen Kane (1941), le fameux film d'Orson Welles : du côté des adultes, on trouve le même désespoir de vivre, la même atmosphère lourde de regrets. Les enfants ici présents offrent certes des traits joyeux, amusants aussi (et là, allez savoir pourquoi, j'ai pensé au Dark Shadows de Tim Burton, sans doute pour le côté foufou qui revient régulièrement). Mais au-delà du chien qui éclabousse - rappelons qu'il pleut - et des crêpes à la sauce aux piments, Béa et ses amis font preuve d'une maturité qui ne peut être lié qu'à des expériences les ayant fait grandir trop vite.

Le roman se lit bien, très bien, rythmé avec mesure, développant un environnement soigné. Il m'a d'abord surprise, puis captivée, autant par ses digressions sur les personnages que par son intrigue elle-même. Et c'est son effet singulier, riche en évocations personnelles pour le lecteur, que je retiendrai. Ajoutons enfin que j'aime bien avoir peur avec un roman dans les mains ;-) A découvrir dès 13 ans.

IMG_8235