Du bonheur à l'envers

de Pascal Ruter

Didier jeunesse - 2013

Le Victor du Cœur en braille, vous vous rappelez ? Nous le retrouvons ici avec quelques années en moins, déjà très observateur mais l'esprit encore en pleine formation : l'histoire peut nous montrer des événements décisifs de sa jeune vie, qui le marqueront à jamais. Pour l'instant, sa mère s'énerve, fatiguée par son travail, exaspérée par la lenteur de son mari, inquiète pour sa sœur Etoile, autiste profonde. Le père se lance dans la rénovation de la salle de bains pour plaire à son épouse, ne réussissant qu'à la rendre davantage déçue. Arrive alors oncle Zak, bourlingueur fantaisiste tendance mythomane qui va entraîner son frère (le père) dans son sillage et devenir le meilleur ami d'Etoile. Bien sûr, Victor suit...

Tous ces personnages se connaissaient déjà depuis Le cœur en braille ; Pascal Ruter, sous l'oeil de son narrateur Victor qui agit peu ici, les étoffe, les creuse. Mais voilà, figure centrale portant tout le roman et qui aurait dû me plaire, oncle Zak m'a insupporté de la même façon que la mère peut le ressentir dans le livre. Trop de folie douce, pas assez de lendemain, un modèle incertain sur le moyen terme... Très pragmatique je suis, certainement plus que les lecteurs à partir de 11/12 ans auxquels se destine l'ouvrage.

De fait, je n'ai pas vraiment goûté l'histoire pourtant pleine d'anecdotes de Victor adorables, habile à manier les émotions (beau portrait en équilibre d'Etoile), à introduire l'idée d'un sens de la vie... que je n'ai donc malheureusement pas réussi à épouser. Et puis, l'histoire de la jeune voisine Julie, ayant perdu sa sœur et se reconstruisant dans l'ombre de Victor (elle ne lui parle quasiment jamais), m'a déconcertée : l'auteur tenait là assurément quelque chose, mais ne l'a pas poussé suffisamment loin. Restent les formidables éclairs de lucidité de Victor, ses petits aphorismes merveilleux qui font le sel de sa personnalité. Avec ou sans Zak.

Conclusion : Pascal Ruter = 1, oncle Zak = 0.

« De nouveau j'ai senti mon cœur tout tribouillé, qui se mettait à faire l'andouille. Je me suis dit que ça n'allait pas être de tout repos de fréquenter les jeunes filles. Heureusement, j'avais encore un peu de temps devant moi, un bon sursis ; et à ce moment-là m'est venue l'idée que l'enfance c'est surtout ça : un sursis. » (p. 89)

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