Les Enfants du roi

de Sonya Hartnett

traduit de l'anglais (Australie) par Fanny Ladd et Patricia Duez

Les Grandes Personnes – 2013

mini coeurs

Au début de la Deuxième Guerre Mondiale, alors que les Allemands menacent de bombarder Londres, Cecily et Jeremy Lockwood partent avec leur mère dans le nord de l'Angleterre, à Heron Hall, le domaine de leur oncle Peregrine. En chemin, les enfants convainquent leur mère d'héberger une petite évacuée, May Bright. Cecily, autoritaire jeune fille, espère en faire son amie, sa poupée... Mais May a la sagesse des enfants tristes et ne se laisse pas faire. Elle explore les environs et tombe sur un château en ruines, où elle rencontre deux étranges garçons. Ils sont seuls, ne semblent pas avoir faim, jouent un peu, attendent... Elle et Cecily décident de ne rien dire, mais questionnent leur oncle sur le château. Il va répondre en plusieurs fois, contant une histoire vraie de plusieurs siècles... Pendant ce temps, Jeremy ronge son frein, désolé de ne pouvoir aller se battre « noblement ».

Sonya Hartnett retrouve ici l'inspiration de l'enfant revenant (L'Enfant du fantôme) et aussi celle du contexte historique marqué par la difficulté (L'Enfant du jeudi). On le comprend vite, les enfants du roi, ce sont ceux d'Henri VII, probablement assassinés par leur oncle le duc de Gloucester au milieu du XVème siècle. Sacrifiés sur l'autel du pouvoir, ils reviennent hanter le monde une nouvelle fois en crise. Ils servent donc de contrepoint mi-fantastique, mi-philosophique, symbole d'une Histoire qui à la fois se répèterait (« la force l'emporte sur le droit ») et ne serait qu'un enchaînement de conséquences liées à des faits hasardeux.

Et ces conséquences, nous les vivons avec les trois héros, suivis par un narrateur externe attentif aux soubresauts de leurs cœurs. Cecily est la plus transparente, un brin orgueilleuse, toujours paresseuse, mais au fond bonne et innocente. Livrée trop tôt à elle-même, sagace et peu prolixe, May reste durablement impénétrable. Elle est pourtant le moteur de ces aventures, l'élément perturbateur qui va bouleverser le fragile (et égoïste ? la question est posée) équilibre de la maisonnée. C'est sans doute encore elle qui incitera sans le vouloir un Jeremy bouillonnant à réagir, s'engager enfin. On ressent peu les sentiments de ce garçon de quatorze ans, mais son action signera la fin du roman et lui apportera un début de réponse, peut-être.

Heron Hall représente un curieux milieu clos, comme suspendu en-dehors du temps, à la fois épargné des vicissitudes de l'actualité et tout entier baigné dans un passé qui aurait directement fait l'avenir. Le roman propose une vision un peu raccourcie de l'Histoire, mais l'ambiance délicatement magique, lente, nous emporte sans coup férir. Avec un sens certain de la construction par paliers, Sonya Hartnett envoûte le lecteur (dès 14/15 ans), saisi par l'originalité et la profondeur de l'histoire. A découvrir et réfléchir.

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