Le Choix d'Adélie

de Catherine Cuenca

Oskar éditeur – 2013

coeur

 Lyon, 1913. Adélie habite avec sa sœur Mélanie chez des parents bourgeois, le père banquier et la mère soucieuse du qu'en-dira-t-on. Heureusement, on lui laisse la liberté de poursuivre ses études et elle obtient ainsi son baccalauréat, avant de commencer des études de médecine, sa grande passion. Mélanie se contente de travaux de modiste et les deux sœurs s'entendent peu. Adélie rencontre le fils d'un collègue de son père, le bel Antonin, qui comme elle se destine à la médecine. En secret des parents mais dans le respect des conventions de l'époque, ils se courtisent, s'aiment.

Puis Antonin se laisse accaparer par des amis étudiants, oublie Adélie. Celle-ci se réfugie alors dans son travail, bien décidée à ne plus se laisser piéger. Mais sa sœur tombe alors enceinte et épouse en vitesse à son amoureux, un ouvrier. Afin d'étouffer le scandale, la mère des filles cherche à marier Adélie à un riche et horriblement prétentieux jeune homme. La guerre a éclaté, Adélie décide donc de fuir, d'abandonner l'université et de s'engager en tant qu'infirmière au front.

Catherine Cuenca et son classicisme de bon aloi, ses personnages pertinents, ses intrigues solides, continuent de m'enchanter, quand bien même je ne connais pas tant Lyon que cela et qu'elle y ancre toujours ses romans. En fait, Adélie aurait pu habiter n'importe où, c'eût été égal : elle représente une époque, le tournant d'un siècle qui va basculer d'un mode de vie petit-bourgeois étriqué, représenté par les parents, à une modernité aussi prometteuse que remplie d'interrogations (la liberté, ce sont les possibles). Entre les deux, une boucherie de quatre ans, trop souvent oubliée dans la littérature, et que reconstitue avec sobriété mais réalisme l'auteure.

Le narrateur externe se centre sur Adélie, et, sans même une ligne de discours indirect libre, parvient à nous attacher avec force à son caractère à la fois réfléchi et instinctif. Nous suivons son cheminement bouleversé par les événements, guidé toutefois par une ambition unique : apprendre, soigner, aider. L'amour peut attendre, la mère peut exercer son pouvoir maladif autant qu'elle veut, les circonstances de la guerre seront de toute façon telles que la relation avec Antonin, certes fine, ne sera pas non plus sur-exploitée et sur-dramatisée.

Que dire d'autre ? C'est un roman poignant sans artifices, parfaitement équilibré, écrit avec une maîtrise absolue de la simplicité, et j'ai adoré. N'attendez pas les multiples rebondissements imprévus (même s'il y en a), ni le mélo à mouchoirs, mais cherchez le roman qui témoigne d'un temps fragile à travers une histoire personnelle, le roman qui respecte son lecteur de bout en bout, et vous aurez tout compris. Dès 14 ans.

« Ces hommes qui se souciaient peu d'être mutilés ou défigurés à vie, du moment qu'ils échappaient à l'enfer du front, lui brisaient le cœur. Ils lui faisaient penser à ces animaux pris dans un piège à loups, n'hésitant pas à ronger le membre coincé dans les tenailles de fer pour s'échapper et continuer à vivre, coûte que coûte... » (p. 246)

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