Les Socquettes blanches

de Vincent Cuvellier

illustré par Alexandra Pichard

Gallimard jeunesse – collection Giboulées - 2013 

Elles sont bien élevées, catholiques, issues de la bourgeoisie. Ils sont sales, parlent mal et aiment se battre. Les Socquettes blanches occupent la cabane près du presbytère, tandis que les Chats crevés errent sur le terrain vague. Ils s'observent en chiens de faïence, s'évitent, jusqu'au jour où un promoteur immobilier décide de détruire leurs repères.

Les deux chefs, Thérèse des Socquettes blanches et Tatave des Chats crevés, décident une trêve, et même une union pour bouter l'occupant hors de leur terrain. Mais quelques jets de lances-pierres n'y suffiront pas. Le grand-oncle de Thérèse et le frère de Tatave, anciens soldats (nous sommes juste après-guerre) vont user ensemble d'une ruse à l’efficacité... présidentielle.

Se basant sur une tradition fantaisiste qui voudrait que le onzième enfant d'une famille nombreuse (!) ait pour parrain Charles de Gaulle, imaginant avec humour que le Général se préoccupe de soucis aussi mineurs (mais si importants pour nos héros), l'histoire se lit comme un bonbon aux doux parfum de nostalgie et à la finesse d'un second degré tendrement moqueur.

A chaque double-page se suivent les voix de Thérése et Tatave, décidée sous la suavité pour l'une, franchement titi parisien pour l'autre. Le géomètre-expert n'est pas mal non plus, figure d'une vieille France sclérosée dans ses opinions. Présentée comme elle l'est par Tatave, la fin attendue fait quand même bien sourire. Et puis, les Socquettes crevées, ça sonne « bath » !

Sur les grandes pages blanches, les dessins presque stylisés jouent de l'effet coquin du nombre des enfants qui se ressemblent, et aussi d'une esthétique propre à l'époque (voir les bulldozers très russes, la DS aérodynamique...). La trichromie – bleu, rouge, noir et on a donc aussi du blanc - offre un effet drapeau français subtilement pertinent, et les petits frisottis des contours, qu'on ne voit pas bien sur les photos, dynamisent les actions tout en se piquant d'une élégance originale.

Adorablement drôle, la vie des enfants d'autrefois (et pas n'importe lesquels : les Socquettes blanches, nom d'un petit baigneur) est à faire découvrir à ceux d'aujourd'hui. Ne serait-ce que pour montrer qu'on savait s'amuser et mener des combats même sans Internet ! 

« - C'est inadmissible. Il faut organiser des représailles. Qui vote pour la guerre ? Douze petites mains se dressent dans le silence. La guerre est déclarée. - Vous vous amusez bien, mes petits anges ? M. le curé vient d'entrer dans la cabane. - Oh oui, mon père, nous mettions au point un grand jeu de société. » (p. 11)

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