Une Maison pour neuf

de Benny Lindelauf

traduit du néerlandais par Mireille Cohendy

Gallimard jeunesse – collection Folio junior - 2013 

Pays-Bas, 1937. Nine raconte : ses deux sœurs, Muulke l'amatrice de « tragédies tragiques » et Jes la « vertébranle » qui porte un corset, ses quatre grands frères qu'elle ne différencie pas vraiment, sa mamie Mei qui remplace en bougonnant leur mère disparue, son père enfin, rêveur qui ne va jamais au bout de ses idées mais y entraîne les autres avec un optimisme inébranlable (« il faut le croire pour le voir »).

La famille vient justement d'emménager dans une grande maison isolée et un peu en ruines, car le père s'est mis en tête de fabriquer des cigares. Immédiatement, Muulke cherche le mélodrame passé. Pourtant circonspecte, Nine est bientôt intriguée par le comportement suspect de mamie Mei, par une tête de lit en forme de pierre tombale, par une tombe sans nom, par une haie double qui cache un voisin fou, par... Recomposer les morceaux pour former l'histoire de la maison ne sera pas de tout repos.

Prenez une famille pauvre mais droite où on se chipote autant qu'on s'aime, prenez une fière gitane et un jeune villageois indécis. Entre les deux, soixante ans et un fou qui mange des boutons, pas méchant mais impressionnant. La tragédie tragique de Muulke est là, racontée en trois actes par Nine, observatrice et partie prenante attachante. Il y a du quotidien, mais aussi de la fantaisie et des frissons dans ce récit (Quelle famille ! Quelle liberté extravagante !), et encore des réalités sociales historiques difficiles, que l'on soit dans la partie des années 1930 ou celle de la fin du XIXème siècle.

Les temps étaient certainement durs, mais une douce nostalgie s'échappe parfois de cette histoire bancale : on devine que Nine, qui écrit au passé, regrette un peu ce temps de l'enfance où tout était possible, et... dûment imaginé ! A lire dès 11/12 ans, un joli roman pas comme les autres, sans accrocs mais pas sans émotions, et encore brillamment écrit. Une suite aux aventures de Nine existe ; à juste titre, elle a reçu un excellent accueil et des prix au Pays-Bas. On attend donc la traduction française :-)

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« Nous écoutions sans bouger. Neuf bras grands ouverts avait elle aussi des histoires à raconter. Quand le vent soufflait, les ardoises du toit chuchotaient entre elles et quand il venait de l'est, les fenêtres à guillotine faisaient entendre un sifflement. Mais même les soirs où tout était calme, comme ce soir-là, nous ouvrions toutes grandes nos oreilles. Certains bruits étaient difficiles à situer. Frr frr, disait la maison, ou bien elle émettait un bourdonnement aigu et lointain. » (p. 59)