Amnesia

de Jennifer Rush

traduit de l'américain par Cécile Chartres

Albin Michel jeunesse – collection Wiz – 2013 

En la compagnie de son père scientifique, Anna participe à un projet singulier, qui consiste à observer quatre jeunes hommes génétiquement modifiés, tous amnésiques. Elle est plus ou moins tombée amoureuse du meneur du groupe, Sam. Le temps passe, et des responsables de l' « Agence » décident brutalement d'arrêter l'expérience. Sam, Trev, Cas et Nick profitent de la confusion de leur transfert (vers où ?) pour s'évader, emmenant Anna avec eux. Une course-poursuite mortelle commence, alors que Sam s'échine dans le même temps à rechercher des indices sur son passé, qu'il aurait dissimulés avant son amnésie provoquée. Peu à peu, Anna cerne une horrible vérité qui la concerne elle aussi...

Comment résumer ce roman à l'intrigue foisonnante, alors que nous ne faisons que suivre minute par minute des héros sans mémoire et une narratrice à la vie dupée ? Au départ, on a vraiment du mal à croire à l'existence de ce programme, même top secret, et aussi à admettre l'acceptation passive, depuis des années, d'Anna. Et puis, au milieu d'une fuite éperdue et embrouillée, on est mis au fait de sombres implications (mais alors vraiment obscures) dépassant le commun des mortels, ainsi que d'un traficotage d'ADN qui lierait la jeune fille aux garçons. Les informations sont parcellaires, et bien sûr rien ne nous sera - encore - révélé sur le pourquoi et le « pour quoi » de cette entreprise de manipulation hors normes. C'est bien d'ailleurs ce qui rend l'ouvrage angoissant, captivant.

Mais Anna est encore une adolescente comme les autres, aux hormones vite enflammées, y compris quand un pistolet la menace : certaines scènes seraient un peu ridicules si le rythme trépidant de l'intrigue ne prenait le dessus et si son passé à elle aussi n'était arraché à son souvenir - cela la rend attachante, au fond. On s'approprie donc chacun des personnages, on aurait envie d'en savoir davantage sur eux tant ils ne cessent de nous surprendre. Mais comme ils n'ont pas de mémoire, n'est-ce pas... La fin heureuse n'exclut pas une suite. Et le lecteur, proprement manipulé lui aussi, ne dira pas non tant l'effet mystère montre ici son efficacité ! Un étrange (et agaçant) roman aux multiples questions sans réponses...

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« - 'L'espoir, c'est le rêve d'un homme en éveil.' Les paroles d'Aristote résonnèrent dans ma tête, m'évoquant ce moment où on sort d'un rêve qu'on n'a pas envie de quitter. C'est comme un effondrement au creux de la poitrine, l'impression diffuse qu'on a perdu un morceau de soi qu'on ne récupérera jamais. Voilà ce qu'était l'espoir. Le fait de se cramponner à quelque chose qui n'était peut-être pas à soi, mais auquel il fallait rester accroché quand même parce que, sinon, à quoi bon ? C'était l'histoire de ma vie, à plus d'un titre. Et maintenant plus que jamais. » (pp. 138-139)