Camp Paradis

de Jean-Paul Nozière

Gallimard – collection Scripto – 2013 

Des années après, Boris, écrivain, raconte ses quelques années passées à Camp Paradis, un refuge pour « éclopés de la vie » tenu par « Pa » et « Ma » au beau milieu d'un pays africain rongé par la guerre civile. Arrivé le premier, Boris – lui-même enfant d'un mercenaire russe - nous parle de la jolie asiatique Victoire, vendue par ses parents et devenue esclave, de la farouche Fatouma, enfant-soldat violée, de Serge, petit handicapé accusé d'apporter le malheur sur son village, de Djodjo, arrivé de nulle part affamé... La vie fut douce un temps à Camp Paradis. Et puis l'avion du Président en fuite avec cinquante millions de dollars s'est écrasé, tout près. Et l'enfer a commencé, Pa et Ma ont été harcelés pour donner des renseignements sur un argent invisible. Invisible, enfin, jusqu'à ce que le curieux Djodjo soit un jour surpris par ses camarades à faire des petits bateaux en billets de monnaie...

Rythme lent, informations parcellaires sur les tenants et aboutissants, oasis de paix au milieu du chaos : le Camp Paradis, en quasi-autarcie, pourrait – presque – passer pour un gentil camp de vacances. Mais dans le même temps qu'il évoque un quotidien plutôt rieur, l'observateur Boris nous livre tranquillement des informations sordides sur les enfants arrivés ici, tous plus jeunes que lui et tous échappés miraculeusement de la folie d'une société incapable de penser son avenir. Le contraste est évidemment frappant, l'effet sur le lecteur sûrement plus dévastateur qu'avec un roman in situ, au milieu des bataillons guerriers par exemple.

La fin va s’accélérer, mais encore une fois, ne serait-ce que par le côté fictionnel et un peu fou de cette histoire d'avion, on se dit que Camp Paradis va rester en-dehors des événements, tel une bulle protégée par les inaltérables Pa et Ma. Boris veut y croire, la fataliste Fatouma devine tout avant les autres. De fait, les dernières pages seront très cruelles, très rapides. Et la construction encadrée par un Boris plus âgé prend alors son sens, dans un rebondissement en forme de reconstruction jamais terminée. Camp Paradis est un roman qui parvient à rester dans une ambiance un peu allusive, dans un récit simple correspondant à l'enfance, en brossant parallèlement un grand nombre de facettes et conséquences de la guerre, odieux phénomène hyper-réaliste s'il en est. C'est très bien fait – on ne peut pas dire mieux. 

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« Oui, le temps s'écoulait paisiblement au Camp Paradis et nous avions la sensation de vivre sur une merveilleuse île perdue entre l'océan de la forêt au sud et celui de la brousse au nord. Mais cette sensation s'abîmait peu à peu. Autour de nous, l'insécurité progressait. Les luttes de pouvoir reprenaient entre les Baloubas et les Calades. La radio nous en apportait les échos. Des combats. Des violences. Pa ne décolérait pas quand il captait des informations inquiétantes. » (p. 102)