Maître des brumes

De Tomi Ungerer

Ecole des Loisirs – 2013 

Finn, Cara et leurs parents habitent une île irlandaise, particulièrement isolée. Le quotidien est rude, entre pêche pour les hommes, animaux à garder pour les enfants et ramassage de la tourbe afin de se chauffer. Un jour, le père offre une barque à Finn et Cara, en leur recommandant de ne pas se perdre vers l’île aux brumes. Mais ce qui devait arriver arriva, et nos deux héros, pris dans le brouillard, échouent sur ce bout de terre mystérieux. Ils s’apprêtent à y passer la nuit, et tombent opportunément sur un vieil et grand homme à la barbe et aux cheveux d’une longueur impressionnante.

Ce dernier leur souhaite la bienvenue et leur fait visiter son antre, à moitié creusée dans la roche de l’île. Il explique que c’est lui qui fabrique la brume, à partir de la lave en fusion d’un volcan souterrain. Après un bon repas et une soirée amusante au milieu des poissons d’un aquarium grandeur nature, Finn et Cara vont se coucher. Le lendemain, ils se réveillent parmi des ruines de l’île, avec une couverture et un petit déjeuner tout chaud. Ils veulent rentrer chez eux, sont pris dans une tempête et ce sont les pêcheurs qui les ramènent à bon port. On fête leur retour, mais on ne croit évidemment pas le récit de leurs aventures…

A plus de quatre-vingt dix ans, Tomi Ungerer force décidément l’admiration, capable encore et toujours d’une imagination intense de conteur dans cette histoire inspirée par son propre cadre de vie (voir la dédicace). Il nous plonge d’abord dans des réalités sociales et historiques lourdes, recrée en quelques images fortes et descriptions directes une Irlande qu’on pourrait peut-être situer dans la première moitié du XXème siècle. Les tons sont sombres pour illustrer un climat rude, mais des points de couleur (un foulard, une lampe) donnent aussi l’idée d’un village uni et chaleureux.

Et puis, assez vite, l’histoire bascule du côté de l’onirisme, avec un naufrage qui peut perturber les sens, la nuit qui s’annonce… Même si on s’attend bien à un quelconque fantastique, l’arrivée du maître des brumes est saisissante. Son physique à la fois d’ogre de conte et de chevalier des temps jadis nous entraîne avec Finn et Cara dans un monde imaginaire sans limites. Et on ne sera pas déçus : le vieil homme nous balade entre l'effroi - voir sa toute-puissance envers la nature - et l'humour - il ne dédaigne pas pousser la chansonnette, certes lyrique -. Le trait se fait plus rond (enfin je trouve) dans ce petit coin de merveilleux, même si les couleurs sous la roche restent sourdes et grises.

Le retour est en deux temps  – je n’attendais pas la tempête, courte frayeur supplémentaire -, comme pour mieux montrer d’une part les dangers de la vie sur une île, d’autre part le caractère un peu miraculeux de la rencontre des enfants avec le maître des brumes - il fallait vraiment le faire pour tomber sur lui ! Quant à la fin coquine, elle témoigne bien des affinités de monsieur Ungerer, ce grand enfant. Un bel album qui déjoue avec une malice intemporelle son approche légèrement documentaire, et qui réussit l'impossible liaison entre histoire neuve et classicisme irréprochable de réalisation.   

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20/20