Le Bonheur en cinq lettres

de Pascale Perrier

Galapagos – 2013

Non, ne cherchez pas une définition en mots croisés, les cinq lettres sont ici des courriers que la mère de Chloé, décédée brutalement d'une tumeur au cerveau, a laissé à ses trois enfants. Petite dernière de quinze ans, Chloé vit très mal cette disparition, et va la transformer en crise existentielle. Alors que sa sœur Joséphine travaille pour devenir médecin et que son frère Gaspard se rêve concepteur de jeux vidéos, Chloé tâtonne et se cogne. Elle ne peut même pas compter sur son père, partie en Polynésie depuis longtemps, remarié et fervent écologiste - doux rêveur aux yeux de sa fille -. Sa vie ressemble à un vaste bazar : elle tombe amoureuse du frère de sa meilleure amie, se fait rouler dans la boue alors qu'on l'avait prévenue. Elle abandonne l'université et part trois mois en tant que croupière de casino sur un paquebot, revient à la maison (est-ce encore sa maison ?) lessivée et tout autant perdue.

C'est une histoire cruelle que cette narration, assumée par Chloé, nous réserve ; elle dépasse largement le simple deuil de la mère (à moins qu'il n'en soit l'élément déclencheur). Les lettres successives, lues annuellement, voient grandir la jeune fille en ne lui apportant aucun réconfort, bien au contraire. Comme usée au fil du temps, pourtant si jeune, Chloé perd sa confiance en elle, son estime personnelle, et sombre dans une sorte de petite dépression. Même la fin complètement ouverte étonne, interpelle en ne visant que le court terme. Sans tomber dans l'angoisse, le désenchantement est au moins là.

On ne se croirait plus dans de la fiction, Pascale Perrier a réussi à nous faire croire que sa Chloé existait vraiment : son récit en petites touches blafardes d'un quotidien morose ressemble furieusement à la réalité, la vraie qui compte quelques minuscules instants de bonheur pour pas mal de douleurs. Sans doute la jeune fille a-t-elle été trop tôt jetée dans l'arène du monde adulte, mais quel adolescent n'a pas subi ces vacillements face à son avenir ? Visiblement, Chloé veut finalement a-i-m-e-r (cinq lettres aussi). On ne sait pas trop si cela l'aidera à se construire, on le lui souhaite. Un roman pas bête, mais très triste, qui lance des pistes complexes sans y répondre : la vie, quoi.

2013-03-06 18