La Société d’enquêtes étranges de la tour sud tome 1 : le cauchemar mécanique

D’Adrien Silvestre

Oslo Editions – 2013 

Viviane peut sentir l’odeur des émotions éprouvées par les personnes qu’elle croise. La solitaire jeune fille, marquée par sa différence et par ailleurs kleptomane, est envoyée dans une école privée loin de tout. Elle y rencontre les membres de la « société d’enquêtes étranges de la tour sud » : le bel Arthur, Raphaël le tête à claques, et la petite Noha. Tous possèdent également des pouvoirs, et ils se sont donné comme objectif de protéger l’école des invasions régulières d’objets issus de cauchemars, devenus conscients et profitant des peurs de celui ou celle qui les a imaginés. Présentement, nos héros doivent affronter un immonde mécanisme, assemblage de roues, de crans, de leviers, annoncé par de non moins affreux bonhommes tic-tac au cœur en forme de réveil. D’où vient ce cauchemar mécanique ? Comment le combattre ? Les jeunes enquêteurs vont devoir plonger dans le monde des rêves.

Le côté fantastique de l’histoire est inventif, effrayant juste ce qu’il faut, quoique un peu compliqué, avec des idées nouvelles qui interviennent trop brusquement dans l’action pour qu’on les apprécie (la lampe magique…). Ce qui m’a séduite dans ce roman, c’est d’une part l’atmosphère, d’autre part les personnages. Et parce que ces deux aspects prennent facilement le devant de la scène, on accepte que le fil conducteur du roman connaisse quelques ratés (au moins à mon sens).

Campée en quelques descriptions, cette immense école de type gothique, au passé douteux, fascine, et ce d’autant plus que les adultes y sont peu présents. La narratrice Viviane découvre par elle-même ses bizarreries, son église abandonnée, sa forêt toute proche, et sa tour sud, donc. Déjà, je pensais dans un petit coin de ma tête aux Disparus de Saint-Agil de Pierre Véry. Et la fameuse petite société secrète n’a fait que renforcer cette impression toute personnelle…

Viviane ne s’intègre pas tout de suite au groupe (le tome tout entier serait même le récit de son initiation), mais à travers elle, nous en comprenons les petits rites, les relations entre ses membres. Evidemment, c’est modernisé : Noha l’enfant surdouée est très touchante, et on s’amuse à voir Arthur le fashion-victime faire ses lessives de « délicat ». Il y a de l’humour, une communion d’intérêts, de la solidarité : les enfants sont tous différents et mal acceptés par leurs pairs, il était logique qu’ils se rapprochent. Même si, pour le moment, chacun garde sa part de mystère… Le tome deux nous promet bien sûr d’en apprendre davantage.

Alors, je ne sais pas trop quelle sera la prochaine enquête et je ne suis pas sûre qu’elle me plaise. Mais ces petits héros comme surgis d’un autre temps m’ont très agréablement surprise et j’ai envie de savoir ce qu’ils vont devenir dans cette grande et froide institution ! A lire dès 11 ans.

A noter la superbe couverture qui libère notre imaginaire (dans le roman, le cauchemar mécanique n’est pas très précisément décrit).

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