Lunerr

De Frédéric Faragorn

Ecole des Loisirs – 2012 

L’île de Keraël se situe au beau milieu du désert, l’eau y est un bien rare et précieux, et on n’a pas le droit de prononcer le mot « ailleurs » en public. Lunerr est presque banni pour avoir osé braver l’interdit. Le fils et la mère, rejetés par tous, finissent par trouver du travail chez un vieil et riche excentrique qui habite, luxe suprême, une maison en bois. Plutôt contre son gré, Lunerr devient son apprenti. Ken Werzh lui apprend à penser encore et toujours par lui-même, à remettre en cause l’enseignement des drouiz : et si les aëls, ces anges qui protègent la cité, ne vivaient pas dans le ciel, mais sous terre ? Et si « ailleurs » était la solution à la misère chronique de Keraël ? Mais d’abord, qui est vraiment Ken Werzh ? Lunerr n’a pas finir de sentir ses certitudes bouleversées.

L’histoire en elle-même est relativement simple, classique : une société totalitaire dominée par des religieux, un peuple pauvre tenu dans l’ignorance du dehors, un jeune héros et ici narrateur à la fois curieux et effrayé. Le personnage du vieux fou qui tente de manipuler Lunerr consolide l’intrigue, la rend plus compliquée et paradoxalement « plausible ».

Mais ce qui compte dans Lunerr, c’est l’atmosphère apocalyptique, l’idée d’une société qui a pu être prospère puis a dû retourner à des conditions de vie primaires suite à une catastrophe tenue secrète par la caste dirigeante. Frédéric Faragorn a soigné son environnement. On pioche à la fois à la science-fiction (le pitwak, petit animal qui accompagne Lunerr) et à des origines celtes (les drouiz-druides, et aussi d’autres consonances y font immanquablement penser). On mixe le tout avec une très curieuse délicatesse d’écriture, on rajoute quelques secrets choquants, et on obtient une société violentée, devenue violente, et pourtant comme anesthésiée.

Rien ne bouge, rien n’avance : Keraël attendait son élu, ce sera Lunerr, prêt à la fin du roman à tracer son propre chemin et à y entraîner les autres. La fin ouverte peut appeler une suite, je ne la souhaite pourtant pas tant ce premier tome, très bien écrit, presque doux sous son propos dur et déroutant, m’a séduite. 

L’avis de Radicale 

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