Nos Etoiles contraires

De John Green

Traduit de l’américain par Catherine Gibert

Nathan – 2013

Multi-chroniqué sur la toile, unanimement acclamé, Nos Etoiles contraires est effectivement un très, très bon roman sur un sujet pas, mais alors vraiment pas facile. John Green y confirme son goût et son talent à arpenter les chemins de traverse, les histoires improbables ou casse-gueule qu’il transforme en formidables leçons de vie et d’humanité.

La narratrice Hazel a seize ans. Atteinte d’un cancer des poumons, elle a bien failli ne pas les fêter, et, coincée entre sa bonbonne à oxygène et sa faiblesse constitutive, elle sait qu’elle attend une mort prochaine malgré le miraculeux Phalanxifor. En attendant, elle ne joue pas son ado rebelle, mais elle essaie de vivre plus ou moins heureuse, et de faire sourire ses parents si attentifs. Dans un groupe de soutien, elle rencontre Augustus. Le bel Augustus a perdu sa jambe suite à un ostéosarcome, mais est en rémission complète. Il tombe sous le charme de cette jeune fille pas comme les autres, d’une légèreté courageuse dont elle n’a même pas conscience.

Après quelques hésitations d’Hazel qui ne veut pas laisser des gens éplorés derrière elle, ils entament une relation amoureuse. Pour Hazel, Augustus va utiliser son vœu offert par une fondation contre le cancer, et emmener sa belle pourtant fatiguée à Amsterdam afin qu’elle rencontre son écrivain préféré, Peter Van Houten. Mais l’unique ouvrage de ce dernier, Une impériale affliction, va demeurer bien davantage mémorable que la rencontre choquante, très alcoolisée du côté de Van Houten. Il n’empêche que le week-end restera magique parmi tous ceux de la courte vie d’Hazel, et certainement de celle d’Augustus. De retour en Indiana, les deux amoureux vont avoir à traiter avec plus forte partie que le bougon Van Houten : madame la Maladie s’invite en effet à nouveau parmi eux...

Sortez votre boîte de mouchoirs, vous en aurez besoin. John Green ne s’appesantit pas sur les manifestations physiques du cancer, mais il refuse à juste titre de les éviter. Disons qu’il les intègre dans le quotidien de ces jeunes gens, forcés de prendre avec humour leur vie chancelante avant qu’elle ne leur échappe ou qu’elle ne les étouffe d’angoisse. Hazel est un superbe personnage, une « héroïne ordinaire » hyper-futée et hyper-sensible, qui retranscrit, (je pense) avec une incroyable justesse, les sentiments complètement contradictoires qui envahissent une personne atteinte d’une maladie au long cours.

A ceci près que jamais elle ne nous parle vraiment d’espoir, puisqu’elle sait qu’elle ne guérira pas : son espoir à elle, c’est minute après minute, mais surtout sans qu’on lui assène des vérités encourageantes et qu’on l’empêche d’avoir envie de mourir parce que ça fait trop mal. Hazel, contrairement à sa mère, n’est pas très calée en médecine, mais elle a eu le temps de théoriser sa petite existence, et elle sera ravie d’échanger des dialogues de nature philosophique et émouvante avec Augustus. Ils ont beau refuser de « devenir leur cancer », celui-ci les rattrape à tous les coins de page…

J’ai pu lire sur des avis que cet ouvrage donnait envie de vivre encore plus fort le temps présent. Ce n’est pas l’effet qu’il a eu sur moi, mais je concède ma nature fortement pessimiste. Cette lecture m’a toutefois marquée, me marquera longtemps, par sa capacité à embrasser les multiples facettes d’une thématique extrême, à la rendre dans son environnement et dans son intimité, dans ses éclairs fragiles et rayonnants entre la vie et la mort. L’écriture est extrêmement puissante, lumineuse de sincérité et d’immédiateté malgré l’emploi du temps passé (à noter l'impeccable traduction de Catherine Gibert).

J’ai aimé toutes les figures qui apparaissent ici, sur le devant de la scène ou en arrière-plan, réagissant de manière appropriée ou pas, mais toujours bouleversées et souvent bouleversantes. Ma préférence va peut-être aux parents d’Hazel, qui ont su se soutenir l’un l’autre pour soutenir ensuite leur fille unique, qui n’ont jamais baissé les bras mais pas non plus refusé la réalité.

Nos Etoiles contraires, c’est l’art de vivre en tant qu’être humain, tout simplement. 

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N.B. : Le titre anglais, The Fault in ours stars, est inspiré de Shakespeare (Jules César). Le titre français aussi, mais il vient de Roméo et Juliette… Intemporel, éternel.