Un petit garçon tout lisse

d'Emilie Frèche

illustré par Cléo Germain

Actes Sud junior – collection Cadet – 2013

Tom semble ne rien ressentir, ni joie, ni tristesse, ni douleur, jamais. Pourtant, il fut un bébé hurleur et joueur, et ses parents s'inquiètent. Tom va voir un psychologue, et il dessine sans arrêt le même dessin, celle d'une ombre immense venant l'écraser. Personne ne le sait, mais l'ombre noire représente Clio, une adolescente au look gothique, emplie de malaise, qui a traumatisé Tom.

Mais ce n'est pas pour cela que le petit garçon ne veut plus montrer ses sentiments : un jour, à la piscine, il a été subjugué par une jeune fille au maillot blanc, qui lui a vertement conseillé de garder ses larmes pour les choses importantes. La situation pourrait durer longtemps, mais Tom tombe sur du verglas et se retrouve à l'hôpital. Là, un vieil homme fantasque l'enjoint de garder le temps présent le plus heureux possible. Tom fait des efforts, et puis tout s'enchaîne : chez le psychologue, il comprend que Clio n'est autre que la jolie nageuse, victime d'un deuil. La vie est désormais devant Tom.

Michel Abescat de Télérama (et ce n'est pas souvent qu'on voit de la littérature jeunesse dans les magazines culturels) a bien aimé, Fantasia a été beaucoup moins emballée. Certes, l'histoire dit beaucoup de choses sur les sentiments, considérés comme un signe fragile, contradictoire, distinctif de l'humanité. Pourtant, un peu à l'image du héros, j'ai trouvé l'écriture froide, anesthésiante par rapport à son sujet qui déborde d'émotions. Je me serais attendue à voir Théo exploser après s'être contenu si longtemps : eh bien non, le ré-apprentissage du rire, par exemple, semble long.

J'avoue aussi ne pas avoir bien compris cette drôle de relation avec Cléo : Théo y montre un caractère fortement influençable et à fleur de peau, peut-être un peu bizarre compte tenu du fait qu'il n'est plus un très jeune enfant. Soit. Mais alors, son absence totale de mouvements du cœur pendant des années est-elle concevable ? J'ai pensé qu'il s'agissait d'une vraie maladie de type dépressif (ça arrive à tout âge), or l'auteure ne le présente pas du tout de cette façon.

On l'aura compris, Un petit garçon tout lisse m'a déconcertée : j'attendais quelque chose de réaliste, et il fallait sans doute foncer dans l'imaginaire. Je suis donc restée en-dehors de cette petite histoire, par ailleurs illustrée de manière agréable. J'aurai hâte de lire d'autres avis tant le mien reste un point d'interrogation...

 

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