L'Enfant du cirque

de Camilla Lagerqvist

traduit du suédois par Ludivine Verbeke

Bayard jeunesse - collection Millézime - 2011

L’action de ce roman entraînant et poétique débute en 1917, en Suède, et se déroule ensuite sur une dizaine d’années au cours desquelles nous suivons le destin singulier d’Ellen, petite fille curieuse et téméraire dont la vie va brutalement basculer lorsque sa mère décide de la vendre au cirque de Madame Zénitha.

« J'avais six ans quand ma maman m'a vendue au cirque. Avec l'argent, elle s'est acheté un manteau en laine et une paire de gants en cuir. »

Comme l’annoncent ces deux premières phrases citées dans la quatrième de couverture, le thème de la séparation avec la mère est très présent tout au long cette histoire teintée de nostalgie, parfois de tristesse et de désespoir, mais aussi de candeur et de courage. Car là se concentre toute la force de l’écriture de Camilla Lagerqvist, qui parvient à faire entrer le lecteur dans l’esprit de cette petite fille encore naïve dont l’on suit peu à peu l’évolution jusqu’à l’adolescence.

La narration à la première personne nous rapproche d’Ellen, de ses pensées et de ses émotions, si bien que l’on s’attache rapidement à son personnage. De plus, l’alternance entre son récit et les lettres que lui écrit sa mère permettent de bénéficier de différents points de vue sur les événements ; cela contribue d’une part à enrichir le roman, et d’autre part à rendre plus humain le personnage de la mère d’Ellen, qui sans cela aurait paru bien cruel.

Voilà d’ailleurs un autre point positif qu’il faut soulever : les personnages créés par Camilla Lagerqvist sont profonds, bien dessinés et hauts en couleurs, même si certains demeurent plus en retrait que d’autres. Ainsi Madame Zénitha se présente-t-elle tout en contrastes : capable d’une extrême rudesse qui la rend tout à fait antipathique au premier abord, elle surprend aussi par ses accès de tendresse et de faiblesse, qu’elle s’efforce de dissimuler afin de préserver son autorité. Autre figure marquante, celle de Welda, qui sert un temps de mère de substitution à Ellen et irradie une chaleur et une bonté presque palpables à travers les pages.

On plonge également avec délices dans cet univers si particulier du cirque, que l’auteure dépeint avec un habile mélange de réalisme et de féerie, entre l’atmosphère onirique de la piste, des lumières et des costumes, et l’impitoyable réalité des durs entraînements physiques, des rigueurs de la vie quotidienne et des rivalités entre les différentes troupes.

Un roman plein d’émotions porté par une écriture d’une grande douceur, que l’on peut lire à tout âge avec le même plaisir. Seul regret : la conclusion un peu abrupte qui, pour ma part, m’a laissée sur ma faim.

Manon Toulemont - LP Métiers de l'Edition

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