Rouge Tagada

de Charlotte Bousquet

illustré par Stéphanie Rubini

Gulf Stream – collection les graphiques – 2013

Rouge, la couverture pétante de cette bande dessinée / roman graphique l'est sûrement autant que les fraises Tagada auxquelles son titre se rapporte et que la force des sentiments révélés par son contenu.

Un jour de rentrée scolaire, Alex repère Layla, une nouvelle élève. Après un temps d'observation, les deux filles deviennent les meilleures amies du monde. « […] on était dans une bulle, une bulle qui sentait le caramel et le pain d'épice, les fous rires et les déguisements, les rêves éveillés, les histoires de princesses et d'exploratrices, de grande photographe et de comédienne la plus célèbre du monde. »

Alex voudrait que la situation demeure éternelle, mais Layla rencontre un garçon « au nom de caleçon » (j'ai essayé de deviner, je n'ai pas trouvé...). Du jour au lendemain, Alex se retrouve toute seule ; désespérée, elle confie alors ses sentiments ambivalents pour Layla dans un journal intime. Puis Layla revient subitement vers une Alex ravie. Mais la belle à la peau douce a une idée derrière la tête : elle veut s'entraîner à embrasser. La vérité est alors proche d'éclater...

Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini n'ont peut-être pas immédiatement travaillé de concert, mais les illustrations, expressives et volontiers amusantes, complètent formidablement le texte limpide, petites phrases courtes d'apparence anodine, version un peu aveuglée d'Alex (notons ce prénom aussi bien féminin que masculin...). Avec ces deux filles, c'est toute l'adolescence qui passe devant nos yeux, dans ses petites fantaisies, dans ses excès un peu bêtes, et dans ses hésitations aussi. L'amitié flirte avec l'amour, et la sensible narratrice n'ose pas tout dire d'abord parce qu'elle n'est pas sûre d'elle, ensuite certainement par pudeur.

L'histoire se compose de trois courtes parties, la rencontre, la fusion, et... la fin de l'impossible accord parfait juste parce que l'une est différente de l'autre. On a un peu l'impression théâtrale d'un drame, de courts actes se déroulant implacablement jusqu'à une fin abrupte, cruelle. Mais excepté cette conclusion flottante, le reste de l'ouvrage, coloré, parsemé de petites joies, n'appelle pas au malaise : on grandit, on se cherche, on croit en la vie et ce qu'elle nous réserve malgré tout de beau, semble vouloir croire Alex.

Dans une forme dessinée originale pour le sujet, sur un ton sincère et avec de jolies images filées (la fraise Tagada...), le duo d'auteurs signe une courte mais marquante variation sur l'homosexualité, ou tout du moins les envies passionnées de l'adolescence. J'ai vraiment beaucoup aimé.

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