Maman au bois dormant

de Jacqueline Wilson

illustrations de Nick Sharratt

traduit de l'anglais par Vanessa Rubio-Barreau

Gallimard jeunesse – collection Folio junior (inédit) – 2012

Ella aime sa maman Suzy, son papa même s'il ne s'est jamais occupé d'elle, beaucoup moins son beau-père Jack et peut-être son futur (demi-)frère. Son quotidien plutôt tranquille de petite fille se déroule, jusqu'à l'accouchement. Sa maman tombe alors dans le coma, ne se réveille pas. Ella et Jack vont voir Suzy tous les jours à l'hôpital, ils veulent croire de toutes leurs forces à son rétablissement. Mais en attendant, ils doivent s'organiser, tous les deux d'abord, puis avec Sam, le nouveau-né. Ella passe par toutes les phases : désespoir, colère, rage de vivre, apaisement... La rédaction pour l'école d'un dossier sur les baleines – elle adore aussi dessiner – la distrait de son chagrin.

J'ai un gros faible pour Jacqueline Wilson, inlassable et optimiste défricheuse des petits et grands soucis de l'enfance. Elle propose ici une situation inédite : la maladie, l'ombre de la mort, là où il devrait y avoir de la joie – une naissance. Comme bien souvent avec cette auteure, la narratrice Ella exprime avec sincérité, dans un présent immédiat, son point de vue d'enfant. Le ton n'est jamais ou rarement analytique, nous évoluons dans la sensation et la menue description, qui rend l'ensemble très crédible. Les baleines, élément filé au cours du roman, constituent un choix joliment poétique sachant accompagner avec douceur des faits au fond angoissants. Quoique, le ton constamment chaleureux invite quand même à la confiance... :-)

Délicate, la situation dure deux semaines : on a l'impression d'un temps beaucoup plus long, mais cela sera suffisant à Ella pour mûrir d'un coup (un petit coup, car elle veut bien encore des câlins), et apprécier son beau-père à sa juste valeur. Ella va aussi trouver sa place de grande sœur sans presque aucune hésitation, et voir ses amitiés d'école se redéfinir. Foin des apparences, tout est dans le cœur, et nous avons droit à des erreurs pour peu qu'on les admette. Bref, la jeune vie de l'héroïne prend un tournant, et dans le bon sens. A côté de cette ligne droite, Jacqueline Wilson n'oublie pas cependant de nuancer, et le lecteur ne saura ainsi jamais ce que devient la perturbée Martha, une fille de la classe d'Ella. Un seul regret : les illustrations de Nick Sharatt restent cantonnées aux têtes de chapitres.

« Il se jette à mon cou et me serre fort dans ses bras. C'est la première fois qu'il fait ça. Et là, il est pratiquement couché sur moi, ses cheveux en bataille me chatouillent le visage. J'ai envie de le repousser. Ce n'est pas mon père, seulement mon beau-père. Et je ne l'ai jamais aimé. Pourtant, il ne me reste plus que lui. Alors je le prends par le cou et je le serre très fort. » (p. 234)

Ca c'est la photo officielle que j'ai prévue...

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Et ça c'est la photo qui me fait bien rire !

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