La Décision

D’Isabelle Pandazopoulos

Gallimard jeunesse – collection Scripto – 2013 

Un beau matin au lycée, Louise se sent mal. Elle va accoucher d’un petit garçon, et s’évanouit dans les toilettes. Tout de suite, on parle de déni de grossesse. Mais la jeune fille soutient encore et encore qu’elle n’a jamais eu de relations sexuelles. En attendant que la lumière soit faire sur d’éventuelles responsabilités, Louise doit prendre des décisions importantes : garder Noé ou pas ? Parvenir à l’aimer alors qu’elle ne l’attendait pas ? Continuer ses études, le violon, ou tout abandonner ? Quelques mois chaotiques passés dans un centre maternel vont l’aider à trouver sa voie, personnelle et unique.

C’est un roman au sujet choquant qu’Isabelle Pandazopoulos propose, et si elle refuse toute concession au réalisme des situations, elle ne l’en entoure pas moins d’une grande délicatesse, d’une pudeur qu’on trouvera propre à la secrète Louise. De multiples voix alternent toutefois en un tourbillon d’opinions, mêlant les adolescents intéressés et, dans une moindre mesure, les adultes.

Alors que les parents de Louise sont complètement dépassés et que les professionnels s’agitent, les amis de lycée de la pourtant populaire jeune fille la délaissent rapidement. Seul reste Samuel, le gentil Samuel, qui a assisté à la naissance et fait presque une affaire personnelle de découvrir ce qui est réellement arrivé à son amie. En état de choc puis longtemps passive, cette dernière semble vouloir que le temps s’arrête ou bien revienne en arrière. Elle fait des efforts envers Noé, soudain l’oublie, s’en veut, puis repart dans sa chambre… Louise est complètement perdue, et ce n’est pas d’un déni de grossesse dont on peut parler, mais d’un déni de naissance.

La partie se déroulant au centre maternel est très marquante, presque choc des cultures entre une héroïne encore enfant choyée et des toutes jeunes femmes issues de la rue et bien décidées à ne pas y revenir. Le récit donne l'impression de rester factuel, car lorsque les sentiments s’expriment, c’est toujours directement : nous sommes dans la vie, nous sommes dans l’urgence. C’est pourquoi, si les émotions de Louise semblent évoluer lentement jusqu’à la décision finale, le lecteur pouvait intuitivement comprendre que tout était déjà joué d’avance…

Après le sensible On s’est juste embrassés, La Décision est un ouvrage bouleversant de naturel, qui dérange à bon escient sans s'interdire une projection heureuse vers l’avenir. L’auteure y confirme son écriture époustouflante de justesse et d’appréhension tendre de ses personnages, jeunes innocents trop tôt jetés dans l’arène des grands…

Samuel : « Rien ne reste aujourd’hui de l’innocence qu’on arborait ce matin-là. Comme si nous avions brusquement arraché nos masques d’enfants sages, ce n’était plus un jeu, la vie en vrai nous a sauté au visage, on est devenus grands, capables de faire des choix, des bons ou des mauvais, d’être courageux, lâches, lucides ou hypocrites, insolents ou soumis, des hommes honnêtes ou des monstres. » (p. 11)

 

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