Dans la nuit blanche et rouge

de Jean-Michel Payet

Les Grandes Personnes – 2012

petitscoeurs

Petrograd, 1917. Tsvetana, comtesse impériale et danseuse à l'opéra, flirte avec les milieux révolutionnaires qui s'insurgent contre la misère du peuple et l'autocratie d'un tsar absent, en guerre contre l'Allemagne. En voulant faire passer des poèmes clandestins, elle découvre par hasard que son père décédé menait une double vie et qu'elle a une sœur de son âge, poursuivie par la police secrète au sujet – mystérieux – d'une bague à trois fils : un d'or, un de jade et un fait d'eau. Elle décide de mener l'enquête, et rencontre le beau Roman. Bientôt, le peuple russe passe de l'effervescence à l'ébullition, jetant tous les personnages dans un maëlstrom d'événements mortels sur les routes glacées de l'immense pays.

Jean-Michel Payet déploie toute l'exubérance russe dans ce gros roman d'aventures d'autant plus captivantes que basées sur un fond historique très solide et excitant de possibles. Une héroïne volontaire et sautillante qui n'est pas sans rappeler Mademoiselle Scaramouche, des émotions à foison dont un inévitable mais bel amour passionné et contrarié, de la nuance et des analyses politiques, un zeste de fantastique de contes et légendes (russes, pourquoi pas, mais je vous laisse découvrir de quoi il s'agit) composent une fresque grandiose qui se dévore.

Découpée en petits chapitres urgents (où, quand) d'une superbe et ample écriture, l'histoire utilise son narrateur externe pour multiplier les points de vue, introduisant chaque personnage avec chaleur et proximité, avant éventuellement de l'éliminer – l'époque est cruelle -. L'âme russe noble, fière jusqu'à l'inconscience, est, autant que Tsvetana et au-delà des clivages politiques, au cœur de Dans la nuit blanche et rouge. A lire absolument.

« Tsvetana se rendit soudain compte qu’elle s’était mise à tutoyer le paysan, sans qu’elle puisse dire si c’était une habitude d’aristocrate face à un moujik, ou si cela relevait de la solidarité entre démunis. Elle eut aimé que ce fût la seconde hypothèse, mais elle n’en était pas certaine. » (p. 382)

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