49 Jours

De Fabrice Colin

Michel Lafon – 2012 

En 2012, Floryan, lycéen des quartiers huppés de Paris, est victime d’un attentat terroriste dans le métro. Il se réveille au sein d'un superbe paysage montagneux, et est immédiatement entrepris par un Elohim, un ange : il a quarante-neuf jours pour choisir entre accéder au Royaume du Paradis et perdre peu à peu ses souvenirs terrestres, ou bien pénétrer dans le Nihil, l’inconnu troublant pour l’éternité… Le jeune homme veut prendre le temps de la réflexion. Il croise alors des Egarés, qui lui offrent une troisième voie dans leur petit village à l’abri des Elohims. Floryan n’hésite guère et devient le disciple de la jolie Scarlett. Elle lui montre comment apprivoiser un Altar, sorte de dragon qui aide à tomber dans les brumes du Nihil, et à voyager dans le temps…

Devenu apte aux déplacements spatio-temporels, Floryan est évidemment tenté de revivre sa mort, puis de suivre ses proches dans leur deuil. En cela, il désobéit au règlement imposé par Télémaque, le plus ancien des Egarés. Ses propres choix vont d’ailleurs bouleverser Floryan. En 2026, il découvre une Terre dévastée par des catastrophes climatiques, une guerre mondiale, l’absence d’enfants nouveaux-nés et un virus foudroyant… Contre toute attente, il y tombe amoureux de Rain, une adolescente un peu perdue. Pour elle, il va réussir à quitter son état de fantôme et se matérialiser. En attendant, chez les Egarés, il devient persona non grata, et en profite pour continuer à explorer plus avant ce drôle de monde…

Les deux intrigues en parallèle s’entremêlent évidemment, pour une intrigue dure et captivante racontée au présent. J’ai déjà exprimé mon peu de goût pour les anges, mais ils sont en fait les grands absents de ce premier tome de deux, et ils se révèleront de surcroît peut-être d’une autre nature (à suivre). Le huis-clos du village des Egarés contraste avec la liberté de déplacement dans le temps, même si l’horreur de la situation terrestre future renvoie elle aussi à l’idée d’une vaste prison. On cherche souvent l’espoir ou la douceur, mais on n’en trouve guère que dans la relation entretenue entre un Altar et son maître. Même l’amour entre Rain et Floryan semble désespéré sur fond de fin du monde…

Le narrateur Floryan est un personnage assez curieux, se présentant d’abord comme un gamin futile, puis s’exprimant à la façon d’un adulte mûr. J’aurais aimé voir creusé le personnage de Rain, jeune fille non pas passive mais ici trop victime des événements. Auraient alors pu émerger deux voix, une ici et l’autre là-bas ? La dernière partie apporte son lot de révélations, vraiment trop d’un seul coup, et toujours retranscrites par Floryan à partir de sa lecture d’un petit carnet de cuir. Encore une fois, et sans prétendre ré-écrire ce roman solide, je me demande si je n’aurais pas mieux suivi tous les détails complexes de cet univers sous la forme d’un journal que lirait le héros… Vous l’aurez compris, la focalisation sur Floryan et uniquement lui m’a un peu gênée. Ca tombe bien, il change de peau pour le second tome…

De la fantasy de facture solide qui nous interroge sur la perte au sens large et ce que l’on peut ou veut en faire.

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