Le petit sapin

D’Andersen

Illustré par Charlotte Gastaut

Flammarion – Père Castor – 2012 

Sur de pleines pages colorées, Charlotte Gastaut pare de son illustration fraîche un classique des contes d’Andersen. J’ai toujours pensé que Le petit sapin était une histoire d’une grande force, dure et triste (oui j’ai un cœur d’artichaut). Je la trouve aussi belle que poignante, elle a tendance à me hanter lorsque je la relis, j’évitais soigneusement de la raconter aux enfants. Mais la voir en images optimistes a réussi à me la faire considérer un peu différemment.

Soit un jeune sapin naïf qui rêve de grandeur : il veut être décoré de mille feux et est tout heureux lorsqu’on l’arrache à sa forêt. Il vit des moments formidables au sein d’une famille humaine fêtant Noël, avant d’être remisé brutalement au grenier. Là, il a le temps de pleurer toute sa sève, de regretter sa vie simple parmi ses congénères, et de devenir ami avec des petites souris. Dans cette version précise, il est brûlé au printemps dans un feu de joie infernal. Ca finit mal, quand même, et ça résonne comme un lourd avertissement aux jeunes oreilles trop faraudes : n’essayez pas de changer la place que la société vous a assignée !

Alors donc, il me fallait un dessin consolateur, et on dirait que la pimpante Charlotte Gastaut prend ce rôle à cœur. En couleurs franches – et parfois dorées, j’adore toujours -, elle multiplie les détails animaliers ou végétaux, elle fait briller son petit sapin vert, elle imagine quantité d’oiseaux voletant de ci de là… Pour la petite anecdote, les taches de couleurs des volatiles ou des boules de sapin ont interpellé l’œil acéré de Fantasia qui voulait les attraper, alors nul doute que des petites mains de lecteurs s’y attarderont aussi. C’est superbe, mêlant différents styles : vintage (le lapin ou les souris), naïf (les fameux zoziaux), enfants du monde (la fête de Noël)… Des petites incrustations noir et blanc ponctuent également l’avancée du récit.

De fait, j’en suis venue à enfin me poser des questions autour de cette histoire (oui je suis compliquée). D’accord, le sapin a une durée de vie très courte, et il a des regrets. C’est affreux, comme je le disais au début. Mais à tout prendre, vaut-il mieux rester méfiant et ne rien tenter, ou bien exister avec intensité ? Le petit garçon qui récupère l’étoile d’or du sapin pour en orner son vêtement semble avoir déjà choisi…

Un album délicatement orné sur une riche thématique intemporelle !

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