Une Histoire à vieillir debout

De Carole Prieur

Oskar Editeur – 2012 

Le grand-père de Lou a fugué : un beau matin, sans prévenir personne, il a quitté la maison de retraite où l’avait mise sa fille, la mère de Lou, et un mode de vie passif qu’il n’avait jamais vraiment supporté. Alors que la mère, drapée dans ses convictions et ses principes, évoque la sénilité et lance la police sur les traces du grand-père, Lou et une nouvelle amie, Najette, décident de partir à sa recherche. Munies d’une tente et d’un sac à dos, elles partent un peu à l’aventure comme deux adolescentes rebelles, un peu selon leur cœur qui les fait se mettre à la place du vieil homme.

Le récit de la petite-fille, raconté au passé et qui démarre au moment de la disparition du grand-père, alterne avec les pensées de ce dernier (en italique), elles au présent et relatant l’expérience odieuse de la maison de retraite. Non pas que le vieux monsieur soit mal installé, mais cet hyperactif à qui la liberté est une nécessité vitale n’admet pas l’infantilisation dont il est l’objet. Et puis, il porte en lui un conflit avec la mère de Lou, jamais vraiment résolu malgré le passage des années ; de fait, il ne veut pas lui faire plaisir en restant sagement dans sa chambre.

Lou, elle, ne sait rien de ces règlements de comptes. Adolescente avant tout soucieuse de son premier baiser, elle avait d’ailleurs cessé d’aller voir cet aïeul qui ne lui parlait même plus. Elle habite seule avec une mère divorcée qui hait les hommes, et qui, comme elle l’analyse justement en gardant son calme, se comporte comme « une femme en colère » (p. 29). C’est là toute la complexité de cette jeune fille en devenir : Lou est à la fois avide de nouveautés qui frisent la dangereuse inconscience, et d’une grande sagesse, capable de comprendre les autres et ce qu’ils ressentent par-delà les apparences.

Le road trip des deux amies ne dépassera pas la centaine de kilomètres à pied, mais il changera tout : pour elles, pour la mère de Lou, pour le grand-père. Chacun fera l’effort de s’adapter à l’autre, de lui donner sa chance d’être heureux sans forcer sa nature, de vivre debout en somme… Curieusement, alors que la mère, femme active débordée, n’a pas le temps de gérer ses sentiments, seuls l’enfance/l’adolescence et la retraite semblent permettre de ressentir, d’écouter ses envies et de leur donner corps. Ce sont des moments de vie instables, il y a des interrogations de part et d’autre, des souffrances à surmonter, mais l’espoir demeure intact malgré tout. Il suffit de vouloir, d’écouter, de parler, nous dit la mature Lou : autant de pratiques que la mère avait oubliées...

A l’heure où l’évolution démographique a fait de la vieillesse un sujet de société aigu, Carole Prieur ose un beau et fin roman sur les relations entre générations, et aussi sur le fait d’être parent, adulte, responsable à tout âge de la vie. 

histoire vieillir debout

« - Regarde, on est arrivées ! Riaillé, prépare-toi à recevoir deux adolescentes en crise à la recherche d’un papy en sursaut de vie ! » (p. 55) 

« Je n’ai pas peur de la mort. Incontournable issue. Une évidence contre laquelle il n’est pas nécessaire de se battre. Ce qui me fait peur, c’est le renoncement. Renoncer à vivre parce qu’il y a la mort. Plus jamais ça. La mort me surprendra en vie. » (p. 127) 

« Pour terminer, je vais vous dire que forcément, on vieillit mais que l’important est de choisir le chemin qui nous fait vieillir debout. Tintintin ! » (p. 163)