Le Monde de Charlie

de Stephen Chbobsky

traduit de l’américain par Blandine Longre

Sarbacane – collection X’prim – 2012

(première parution sous le titre Pas raccord, 2008) 

Nous sommes au début des années 1990. Charlie, lycéen de seconde, écrit des lettres. A qui ? On ne le saura pas, mais le destinataire a été choisi pour sa gentillesse et sa moralité. Pourquoi ? C’est que le cœur de Charlie déborde, de belles et d’affreuses choses, de découvertes et de réflexions sur rien, c’est-à-dire sur tout.

Légèrement autiste, le garçon brille par ses résultats scolaires, et son professeur de lettres notamment l’incite à disserter sur tous les classiques américains. Mais Charlie est aussi désespérément seul depuis le suicide d’un ami, sans trop savoir s’il en souffre au fond. Patrick et Sam, deux élèves de terminale, vont l’ « adopter », prendre le temps d’écouter ses interrogations et ses angoisses, et l’initier à la vie de tout lycéen qui se respecte : soirées, drogue, amour… Contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, Charlie se laisse faire, s’adapte particulièrement bien aux situations. Même s’il reste toujours « pas raccord », c’est-à-dire trop émotif, trop généreux, trop réfléchi encore : le temps qui passe, l’avenir adulte sont pour lui de grandes interrogations qu’il aimerait maîtriser.

De fête arrosée en sortie au Rocky Horror Picture Show, l’année de terminale arrive à sa fin, tous ses amis vont partir dans des facultés différentes. Charlie aura soutenu son ami Patrick contre l’homophobie, aimé chastement la jolie Sam et ses désastreux choix sentimentaux, appris à refuser les avances de Mary-Elisabeth… des expériences qui l’auront enrichi humainement et l’accompagneront pour la suite. Seul. Mais il est prêt à vivre intensément, maintenant, Charlie.

L’écriture des lettres est dense, ramassée et digressive à la fois : le jeune homme souvent débordé par ses émotions a tellement de choses à dire pour les remettre dans le bon ordre, pour en faire le tour dans le moindre détail, les apprivoiser… Il le dit lui-même, cette correspondance à sens unique est une sorte de journal intime, bien plus utile que la psychothérapie qu’on essaye de lui faire suivre. Charlie ressasse peu le passé, excepté la mort de sa tante Helen, dont on comprend à un moment qu’il se croit responsable. Il va de l’avant, et tente de comprendre ce qui l’attend en observant les autres : ses amis, sa sœur, ses parents... Derrière l’analyse se cache souvent la drôlerie – cf le fameux regard naïf – et aussi la philosophie, ou la poésie : Charlie a des fulgurances, des remises en questions décalées qui nous interpellent régulièrement.

A travers lui se dessine le portrait de tout un lycée, et même de toute une génération à l’aube de ses choix d’adulte. On ne s’inquiète pas trop pour notre héros : il a été heureusement et un peu miraculeusement très bien entouré, par des âmes généreuses et patientes. Original et profond, le roman a réussi le pari de séduire plus d’un million de lecteurs aux Etats-Unis. Il a été porté à l’écran tout récemment et sortira en France le 19 décembre 2012 : 


Le Monde de Charlie - Bande-annonce VOST par cinemurapp

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