Théa pour l’éternité

De Florence Hinckel

Syros – collection Soon – 2012 

Théa n’a pas seize ans, mais elle sent sa vie lui échapper. Sa mère, ancienne présentatrice de télévision, pleure sa jeunesse perdue tandis que son père, sculpteur, est parti seul sur une île pour vivre en harmonie avec la nature. Elle aime secrètement son ami d’enfance, Théo, qui lui annonce qu’il a une nouvelle petite amie, la capitaine des pom-pom girls du lycée… Et puis Théa rencontre le professeur Jones, qui lui propose de but en blanc de participer à une expérience médicale inédite, visant à empêcher le vieillissement des cellules. Parce qu’elle est à bout de nerfs, la jeune fille accepte. Elle est la petite dernière du panel de trente cobayes accompagné de trente souris, et la favorite de Jones. Aux débuts enthousiasmants vont succéder des interrogations sur l’avenir et notamment le rapport à une éventuelle famille qui elle, va vieillir… Théa n’est plus sûre de ce qu’elle veut, mais l’engrenage est lancé.

Raconté par Théa que nous voyons passer de la conviction au doute puis au désespoir, le roman m’a fait penser à Jenna Fox de Mary E. Pearson (éditions des Grandes Personnes). On flirte avec les mêmes thèmes interdits – immortalité, identité, éthique… - et les grandes questions philosophiques qu’ils induisent. Comme Jenna, l’héroïne va se trouver prise dans un piège (volontairement, dans le cas de Théa) et va devoir fuir pour se retrouver. Certains passages sont effrayants, comme par exemple lorsque la jeune fille comprend qu’une souris qui a arrêté le traitement est décédée, ou qu’elle ne pourra sans doute pas avoir d’enfants. D’ailleurs, si la fin est apaisée, elle ne résout rien… Toutefois, on ne peut pas parler de roman choquant car l’histoire est trop insérée dans un quotidien, des considérations psychologiques souvent très adolescentes.

Florence Hinckel s’appuie sur des avancées scientifiques réelles, en les poussant à bout évidemment. En cela, elle fait de son roman un miroir de nos peurs les plus profondes, que nous pourrions être en passe aujourd’hui ou demain d’éradiquer, pour notre plus grand malheur : pensons à Faust. Les personnages sont soignés, depuis l’adolescente influençable qui fait le mauvais choix jusqu’à la mère obsédée par un rêve qu’elle projette sur sa fille, en passant par Jones, savant fou drapé dans sa dignité et son vernis de légalité. L’écriture fluide fait qu’on lit d’une traite l’ouvrage, et qu’on réfléchit presque seulement à partir de la dernière partie, à la recherche des trente cobayes. Mais alors, on a envie de tout reprendre depuis le début pour mieux saisir l’horreur que l’on n’avait pas bien sondée…

 

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