Léon ou les confessions d'un orphelin ordinaire

de Kathleen Vereecken

traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuèle Sandron

Bayard – collection Millézime – 2012

Dieudonné, rebaptisé Léon, est un enfant abandonné. Né en 1746, il est envoyé chez une nourrice dans le Morvan. La femme est âpre au gain, et Léon ne doit sa survie qu'à la fille de la famille, Mélne. Un peu plus grand, Léon essaie de trouver sa place, aidant le père à abattre et mettre à l'eau les tronçons de bois qui seront récupérés plus bas sur la rivière. A la mort tragique de Méline (un suicide par amour), Léon se promet de ne jamais éprouver de sentiments. Il a dix ans, il part seul pour Paris où il espère un avenir meilleur.

Pris en pitié par une blanchisseuse veuve, Léon trouve un toit médiocre mais sûr. Il vend des fines herbes, aide bientôt un étudiant en médecine à voler des cadavres pour dissection au cimetière des Innocents. La police intervient, Léon est innocenté mais son passé le rattrape. En effet, il semble que son père le cherche, il croise même sa mère, femme simple mais bonne. Aidé de la gentille et jolie Claire, Léon finit par percer le mystère de ses origines. Et n'en éprouve que plus d'aigreur... avant de trouver peu à peu une sorte de paix : il réalise son rêve et devient écrivain public, pour le meilleur et pour le pire.

Je ne veux rien dire du secret des parents de Léon, c'est pourtant sans doute cet élément qui a conduit l'auteur à construire son livre, et son héros. Il est probable que sans cette idée maîtresse, le roman n'eût pas germé. Et quel roman ! Dans une langue de facture classique et solide, Kathleen Vereecken, nous fait traverser le XVIIIème siècle, caniveaux et ivrognes miséreux compris. S'il est un peu question des Lumières, évidemment, on parle peu de la Révolution qui couve ; nous sommes dans le quotidien des petites gens, préoccupés au premier chef de leur survie et laissant le soin aux intellectuels d'une bataille pour le moment d'idées.

Le narrateur Léon veut être écrivain public, Claire sage-femme : leurs ambitions, certes déjà belles pour l'époque, sont individuelles. Et les réflexions du jeune héros ne dépassent jamais un cadre très personnel, celui de la quête de ses vrais parents. Si les circonstances ne l'y avaient pas forcé, il se serait sans doute passé d'une telle recherche, et serait devenu un homme dur aux sentiments enfouis. Son géniteur en aura décidé autrement, soufflant le chaud et le froid, l'incitant involontairement à réagir, ressentir, et finalement aimer (Claire).

Je me suis demandé si on pouvait parler de roman d'apprentissage (genre prisé de l'époque). Oui, sans doute, mais alors complètement axé sur l'évolution d'une psychologie, Léon le débrouillard ayant prouvé ses responsabilités d'adulte à maintes reprises. Mais de toute façon, une fois de plus, c'est le secret final qui guide toute l'histoire, et lui donne sa raison d'être. Je ne peux que vous conseiller ce beau roman sérieux et dense, fort, humble. Vous ne verrez certainement plus les philosophes de la même manière après votre lecture ! A partir de 14 ans.

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