La véritable histoire d’Harrison Travis, hors-la-loi, racontée par lui-même

De Pascale Maret

Thierry Magnier – 2012 

Pascale Maret s’inspire ici d’un fait divers qui a défrayé la chronique aux Etats-Unis à la fin des années 2000 : un jeune homme inoffensif, Colton Harris-Moore (rebaptisé dans le roman Harrison Travis), s’est joué de la police pendant quelques années, logeant dans des maisons inoccupées, volant sa nourriture, « empruntant » des voitures ou des petits avions partout où il passait. Comme tout bon héros, il a suscité l’admiration parmi la population, à tel point qu’une page Facebook à son nom a rassemblé des milliers de fans. Finalement arrêté, il n’a jamais vraiment expliqué son geste : Pascale Maret s’en charge pour nous.

Quoique. Ecrit à la première personne en courts chapitres pas forcément chronologiques mais plutôt thématiques, le récit ne fustige pas la mère alcoolique, n’insiste pas sur une école défaillante, et ne prétend pas faire de Colton-Harrison un justicier des pauvres. Non, il suit simplement le parcours sensible, empli souvent de souffrance, d’un jeune garçon désireux de trouver simplement la paix et un bon repas chaque jour. Il n’a pas d’amis – excepté un chien qui mourra… d’avoir mal mangé, justement -, presque pas de points de repères familiaux ou sociaux. Petit sauvage, il prend, mais uniquement ce dont il a besoin, vivant au présent et n’appréhendant aucune des conséquences judiciaires, médiatiques de ses actes. Si sa fugue mouvementée, répétitive, est spectaculaire, c’est essentiellement à cause des avions scratchés, et aussi de son sens de la débrouillardise dans la nature (la forêt, la mer sont des éléments essentiels pour lui). Sans rentrer dans un quelconque misérabilisme, Pascale Maret nous montre qu’il y a au fond, et malheureusement, des centaines de petits Colton-Harrison de par le monde… Ce n’est pas pour rien que sans cesse, le personnage tourne autour de la petite île qui l’a vu naître, hésitant toujours à trop s’en éloigner même au volant d’un Cessna : il cherche de l’amour, et s’étourdit dans l’adrénaline d’actions dangereuses.

Le roman est donc bien différent de celui d’Elise Fontenaille sur le même sujet, qui imaginait un garçon content de berner la police, fier de ses effets. De fait, je pense que les deux sont complémentaires, même si j’ai une préférence pour celui de Pascale Maret, plus approfondi, plus empathique – voir l’emploi d’une langue orale, le retour constant à des considérations terre à terre. Il ne manque plus que le film, Colton Harris-Moore ayant vendu des droits à une société de production pour rembourser ses dettes… 

A lire aussi : Le garçon qui volait des avions d’Elise Fontenaille (Rouergue, 2011)

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« Je me doutais pas du tout à ce moment-là que deux jeunes mecs de Seattle avaient créé une page Facebook à mon nom et qu’elle comptait déjà plus de trois mille ‘fans’. De toute façon, ça ne changeait rien au fait que j’étais seul et que personne ne m’attendait à la maison. ‘A la maison’, ça avait jamais voulu dire grand-chose pour moi, j’avais du mal à penser au trailer en ces termes. Et désormais ça existait plus du tout, un endroit pareil. J’étais chez moi partout et nulle part. » (p. 125)