Velvet

de Mary Hooper

traduit de l'anglais par Fanny Ladd et Patricia Duez

Editions des Grandes Personnes – 2012

Du jour où son père s'est noyé dans la Tamise sans qu'elle le secoure, Kitty est devenue Velvet, orpheline et blanchisseuse dans une grande entreprise. Parce qu'elle s'occupe avec diligence du linge délicat d'une bourgeoise fortunée, Velvet va parvenir à sortir de sa condition : Madame, spirite très en vue, l'embauche en tant que dame de compagnie. D'abord émerveillée, secrètement amoureuse du majordome George, Velvet voue une admiration et une pleine confiance à son employeuse. Puis vient peu à peu le temps du doute, des petites tricheries qui se révèlent lors des spectacles. Madame, qui a décidé de faire de Velvet son assistante, va lui demander un jour l'impossible, et la jeune fille devra choisir entre une vie luxueuse ou son honnêteté.

L'action se passe quarante ans après Waterloo Necropolis, nous sommes en 1901 et Victoria vient juste de décéder. Mary Hooper avoue en postface avoir pris quelques libertés avec les faits historiques. Pour notre plus grand plaisir, et d'ailleurs sans qu'on s'en rende bien compte tant l'univers qu'elle campe crie – comme toujours – de vérité. Naviguant encore dans les eaux troubles de la mort au XIXème siècle, l'auteure et son narrateur externe très classique nous entraînent dans une histoire à suspense, en un double mouvement : Madame et son petit commerce, Velvet et son père faussement disparu. Cette filiation rompue et son utilisation dramatique rappellent d'ailleurs un peu Waterloo Necropolis. Le lecteur frissonne en anticipant l'action sur l'héroïne, par le jeu notamment de transcriptions de séances privées et abusives de la medium. Après les passages de grande misère (la blanchisserie) puis de confort raffiné (chez Madame, amatrice de belles toilettes), l'horrible tient quelques pages - et je ne peux pas vous en dire plus ! -, pour repasser en mode raisonnable sur la fin du roman. Cette issue sage, happy end convenable, rend toutefois l'escroquerie au deuil encore davantage palpable.

Un roman historique parfait dans son atmosphère, dans sa construction à mystères, dans sa volonté d'un réalisme. Lire Mary Hooper, c'est l'assurance d'être dépaysé dans un cadre du passé, et captivé avec intelligence...

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