Traverser la nuit

de Martine Pouchain

Sarbacane – collection X'prim – juin 2012

Dans un petit village de Picardie, la fille Jaron, Blanche, affole les sens des hommes du coin, célibataires ou mariés. Du maire au jeune agriculteur endetté en passant par le gendarme, tous sont intéressés par la belle, qui joue de son pouvoir de séduction avec une apparente indifférence. Un meurtre vient perturber la routine de ce petit coin de France : le père Jaron est assassiné. Chacun y va de son hypothèse, et on refait le monde à l'unique bistrot du coin. Mais c'est Vilor, jeune chef de la gendarmerie qui mène l'enquête et nous la raconte a posteriori.

D'abord, on se focalise sur l'intrigue, qui se développe vite en un bon roman policier sur fond de rude province, secrets de famille et cadavres du passé à la clé. Ensuite, on apprécie l'environnement et les protagonistes, tous excessivement soignés et crédibles. Vilor raconte l'histoire avec une verve imagée, s'attarde à de belles descriptions des paysages, laisse la place – avec un petit recul non pas moqueur mais attendri – au patois truculent des plus vieux. Toute la galerie des habitants, typés mais sincères, du village y passe, tandis que notre gendarme rejette la ville en la personne ridicule du procureur venu d'Amiens. Enfin, peu à peu, on s'intéresse à Vilor lui-même, à qui on a fait instinctivement confiance. Orphelin de mère à la naissance, fils mal aimé, gendarme idéaliste, il devient, bien plus qu'un témoin qui enquête, un acteur à part entière du drame qui se joue...

De bout en bout, le rythme lent, savoureux, de l'affaire nous emmène sur les chemins picards. En même temps que Vilor, on a des soupçons quant au meurtrier : le maire avide de chair fraîche ? Le simple d'esprit qui ressuscite les chats ? Le père de famille qui bat et viole son fils ? On pense à tout, sauf à la vérité. Martine Pouchain n'est pas la première à user de ce procédé narratif intrinsèquement lié à l'intrigue (évidemment je ne vous dirais pas lequel), mais elle renouvelle sa vigueur dans cette atmosphère rurale saisissante. L'effet de microcosme marche à plein, sans jamais qu'il soit posé une image négative de la province. On y retrouve ni plus ni moins les mêmes turpitudes qu'à la ville, si ce n'est qu'elles se passent sous les yeux de tous (voir la prostituée Bertha). Et la dernière page tournée, on ne sait plus trop quoi penser de la justice.

Un roman à lire à partir de 15 ans, plus que réussi : encore bravo à Martine Pouchain, une des rares auteures de littérature jeunesse française à arpenter inlassablement les campagnes françaises.

 

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