Venenum

De Charlotte Bousquet

Gulf Stream – collection Courants Noirs – mai 2012

René Descartes est mort. Officiellement des suites d’un coup de froid, mais sa pupille, Jana, n’y croit pas. Cette ancienne enfant des rues, sûre d’elle et plus à l’aise en pantalon qu’en jupes, va mener l’enquête alors même qu’on lui enjoint de rejoindre sa pension. Elle est accompagnée d’un ancien soldat chargé de la protéger. Avec lui, elle va parcourir la Hollande et la France en quête de la vérité, difficile à soulever car apparemment très proche de secrets d’Etat...

Plus qu’une fiction, Venenum est un projet : de recherche historique (l’auteure s’est solidement documentée), et d’écriture autour de la pensée de Descartes appliquée au roman policier… D’abord, l’auteure s’intéresse à une petite péripétie, donc méconnue, de la grande Histoire. Le décès de Descartes reste un mystère évacué trop rapidement pendant des siècles, et Charlotte Bousquet envisage, comme certains universitaires contemporains, que le philosophe était un espion de Mazarin en Hollande, assassiné soit parce qu’il en savait trop, soit parce que ses écrits dérangeaient. Pour le commun des mortels dont je fais partie, c’est un scoop. Avec complexité et sans qu’une solution définitive soit réellement apportée, l’héroïne et narratrice veut donc comprendre ce qui est arrivé à celui qui l’a sauvé d’une vie de misère. De longs monologues au cours desquels Jana se remémore l’enseignement intellectuel de son père adoptif vont la guider dans ses choix d’exploration. Elle apprend l’escrime, se met en danger, décrypte des messages codés et tombe amoureuse d’une fille, mais avant tout, elle passe du temps à réfléchir. Ce procédé de philosophie en action donne un rythme curieux au roman, dont le côté aventureux peut paraître assourdi. Il faut aussi préciser que Jana a tendance à s’exprimer à la façon du XVIIème siècle, toutefois apprivoisée avec simplicité par Charlotte Bousquet.

Il est en fait stimulant de suivre la jeune fille en ce qu’elle discute les affirmations de son maître défunt (notamment son approche de l’animal-machine, depuis longtemps décriée) : j’ai révisé mes classiques. Mais attention, elle respecte toujours les fondamentaux de la Méthode. Et c’est tant mieux pour elle, puisqu’ils la conduiront à choisir une vie atypique que n’aurait pas reniée celui qui plaçait la liberté de jugement au-dessus de tout. Cet étonnant roman se découvre peu à peu, à la fois lent et humain, cérébral et passionné. Ambitieux !

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